Nous quittâmes le "Planet Orleans Coffee" et partîmes à pied le long de l'avenue qui s'éloignait des docks. Chemin faisant, il m'interrogea :
"Mais, au fait, que diable faisiez-vous sur les quais, à cette heure-là ?
-Hé bien, dis-je, j'attendais l'hydravion long-courrier de Santiago du Chili...
-Ha ha, s'esclaffa-t-il, mais vous pouviez l'attendre longtemps, votre appareil ! Vous n'êtes donc pas au courant ?...
Je le dévisageai sans comprendre, et ne répondis pas. Il continua :
-Ça me revient, à présent que vous en parlez ; dans la voiture qui m'emmenait vers la fin que vous savez, il y avait la radio qui crachait une histoire à propos du Chili. Une révolution, tout ça... Paraît que des terroristes avaient réquisitionné votre avion, et l'armée chilienne l'a descendu. Notre ambassadeur là-bas en faisait tout un foin...
Il sourit devant mon air ahuri, et ajouta :
-Désolé pour vos vacances, mon vieux. Vous voilà embarqué avec moi le long d'une avenue déserte et sombre, après m'avoir tiré de la flotte... Pas banal, hein ?"
Pourquoi je le suivis, je n'en sais rien ; finalement, il héla un taxi qui nous déposa dix minutes plus tard dans une rue mal éclairée, en plein coeur de la ville et pas dans un quartier des plus reluisants. Hunter m'informa que nous allions dans une de ses planques, où il serait à même de m'expliquer 'toute l'affaire' ; un endroit sûr, tenu par une personne de confiance, selon lui. Bientôt, nous fûmes dans une ruelle tout ce qu'il y a de plus sordide : il monta un petit escalier et frappa à l'enseigne d'un petit magasin de vêtements. Après plusieurs tentatives pour se faire entendre, une vague lueur apparut dans le fond de la boutique ; puis il y eut le bruit de plusieurs verrous que l'on tire, l'un après l'autre, et la porte s'ouvrit, laissant apparaître une femme d'un certain âge à l'air revêche.
"Qu'est-ce que c'est ? grogna-t-elle en brandissant une lampe à la pile défaillante.
-C'est moi, Mrs Garland ; Daniel Hunter, votre locataire...
-Danny ? Oui, c'est bien vous, entrez...et qui est cet autre individu ? ajouta-t-elle comme je m'approchais dans la lumière de sa torche.
-Un ami, Mrs Garland, quelqu'un à qui je dois la vie, même ; si cela ne vous dérange pas, je compte l'héberger pour cette nuit. Il a en quelque sorte...euh, raté son avion.
-C'est bon, il peut entrer, lâcha-t-elle sur un ton tout juste aimable ; Maggie a justement fait le ménage de votre chambre ce matin"
Nous entrâmes, et pendant que la vieille femme (j'appris qu'elle s'appelait Ruthie) refermait la porte aux multiples verrous, une autre femme bien plus jeune (la dénommée Maggie) nous conduisit à travers le magasin et nous introduisit dans une chambrette sobrement meublée. Avant qu'elle ne referme la porte sur nous, j'eus le temps de remarquer qu'elle était plutôt jolie...