Hunter resta un moment immobile et silencieux après la fin de son histoire ; puis il se leva et se dirigea vers l'armoire en fer qui occupait un coin de la pièce. "Vous n'avez qu'à prendre le lit", me dit-il en retirant de l'étagère du haut une épaisse couverture brune soigneusement pliée. Je ne me fis pas prier, fatigué par les émotions du jour et désireux de laisser infuser dans mon esprit les étranges révélations du détective au cours d'une bonne nuit de sommeil. Lui pour sa part s'enroula dans la couverture (sans ôter son imperméable) et se recroquevilla sous la fenêtre, à côté du radiateur. Avant d'éteindre la lumière, dont l'interrupteur se trouvait près de la table de chevet, je demandai :
"Vous êtes bien sûr que nous sommes en sécurité, ici ?
- Ne vous en faîtes pas, dit-il depuis les profondeurs de sa couverture ; Mrs Garland et sa nièce ne vont pas trouver nos cadavres encore chauds demain matin. En théorie cet endroit n'est connu de personne...
-En théorie ? c'est à dire...
-Oh, vous savez, on ne peut jamais jurer de rien, somme toute ; mais ça m'étonnerait beaucoup que quelqu'un ait pu connaître cette adresse. Non, sincèrement, si j'étais vous je ne me ferais pas de bile..."
Pensivement, j'actionnai l'interrupteur et l'obscurité se fit dans la pièce.
Je passai une nuit assez agitée, peuplée de rêves étranges où je croyais me réveiller en sueur et voir par la fenêtre, sur les toits de l'autre côté de la rue, des nuées de tireurs embusqués. Chaque cheminée prenait des formes inquiétantes, les chats de gouttières n'étaient pas ce qu'ils auraient dû être, et il me semblait entendre sous le lit les grondements sourds des caïmans du Planet Orleans Coffee... Plusieurs fois, je dus réellement ouvrir les yeux ; mais je redoutais le terrible petit point rouge du viseur laser qui viendrait annoncer ma fin, et j'avais pris soin de m'enterrer sous ma couverture, au risque de suffoquer...
Au réveil, vers dix heures du matin, j'interrogeai Dan Hunter sur son programme de la journée ; tout naturellement, je supposais qu'il poursuivrait son enquête, et j'étais curieux de le voir à l'oeuvre.
"A vrai dire, pas grand-chose, répondit-il en pliant avec soin sa couverture sur l'unique chaise ; mais ce soir, j'ai rendez-vous dans un restaurant avec quelqu'un qui devrait m'apporter des preuves. Un indic, en quelque sorte. Vous pouvez venir, si vous voulez..."
Bien sûr, je sautai sur l'occasion ; à présent que mes vacances au Chili étaient à l'eau, je n'avais rien de mieux à faire...et puis et surtout, finalement, je mourais d'envie d'en savoir plus sur toute cette histoire...
Vos Annotations