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A Polar Experience

Dream By Gatrasz Incorporated.

Episode 9 - [Chapitre 3] | 13 février 2007

L'Affaire "Jack-Erreur"... (1ère partie)
 
Quand nous arrivâmes devant le restaurant, il faisait nuit noire. Sous un néon vert en forme de dragon nous descendîmes trois marches et poussâmes pour entrer la porte battante, équipée d'un hublot rond d'où filtrait la lumière jaune de l'entrée. Là, une nouvelle porte battante nous attendait, sans hublot cette fois. Nous entrâmes...

Il régnait dans l'établissement une pénombre inhabituelle, en même temps que d'étranges odeurs d'épices et de poisson, avec un je-ne-sais-quoi de plantes aromatiques. Des îlots de fleurs exotiques poussaient un peu partout, dissimulant dans leur feuillage des lampes rouges ou bleues ; entre ces îlots, des tables s'éparpillaient, peu nombreuses. Au centre de celles-ci, un globe lumineux répandait une lumière blanche tout juste suffisante pour lire les menus disposés sur les assiettes, que décoraient des serviettes soigneusement et artistiquement pliées. Près de l'entrée, une masse sombre d'où parvenait une sorte de bouillonnement continu ; tout en bas, une vitre haute de dix centimètres environ en faisait le tour, laissant voir une eau turquoise comme éclairée de l'intérieur, sans doute par des spots étanches, parcourue de milliers de petites bulles. On aurait dit une sorte d'aquarium décoratif, qui répandait au niveau du sol une clarté pâle et tremblotante.

Vêtu de noir, un serveur asiatique apparut tout à coup près de nous ; avare de paroles, après de brèves salutations, il nous conduisit à une table réservée par avance, ayant même l'obligeance de rajouter un couvert à mon intention.

"Vous avez les menus, ajouta-t-il obséquieusement ; choisissez vos poissons et je reviendrai ensuite".
Puis il s'éclipsa, disparaissant mystérieusement dans les profondeurs de l'obscurité. Hunter et moi nous regardâmes un moment, après avoir détaillé chacun une longue liste de poissons aux noms inconnus. J'eus bientôt l'impression que, comme moi, il se demandait un peu ce que nous faisions là.

"C'est vous qui avez choisi cet endroit ?, demandai-je.
-Non, dit-il, piteusement, c'est mon informateur...
-Il a de drôles de goûts, votre type. Et...c'est normal qu'il ne soit pas encore là ?

Hunter eut une moue perplexe :
-Je pensais qu'il nous attendrait déjà ; mais il a dû être retardé..."
Je remarquai son manque total de conviction tandis qu'il replongeait le nez dans son menu (qu'il aurait tout aussi bien pu tenir à l'envers).

Au bout d'une heure, nous commençâmes à nous inquiéter. Et puis...il régnait une musique d'ambiance des plus étranges qui, allez savoir pourquoi, se mettait à nous taper sur les nerfs. Tout à coup, ce fut plus fort que moi : je me levai et remis mon manteau. Sans un mot, Hunter en fit autant, et nous nous précipitâmes vers la sortie. Comme nous allions franchir la porte, il s'arrêta pourtant brutalement, comme pris d'un doute, et me saisit par le bras ; puis, revenant en arrière, il approcha une chaise, grimpa dessus et se pencha sur le haut de l'aquarium géant. Je fis de même : il était là. L'informateur. L'indic. Sous l'eau turquoise. A faire ses confidences à des poissons exotiques au milieu d'une nuée de petites bulles, depuis plus d'une heure. En pure perte...
 
 

Publié par Experiment.Gat à 10:29:58 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (3) |

BLANCS-CRèMES ET CHASSE AUX CAïMANS. (4ème partie) | 12 février 2007

Hunter resta un moment immobile et silencieux après la fin de son histoire ; puis il se leva et se dirigea vers l'armoire en fer qui occupait un coin de la pièce. "Vous n'avez qu'à prendre le lit", me dit-il en retirant de l'étagère du haut une épaisse couverture brune soigneusement pliée. Je ne me fis pas prier, fatigué par les émotions du jour et désireux de laisser infuser dans mon esprit les étranges révélations du détective au cours d'une bonne nuit de sommeil. Lui pour sa part s'enroula dans la couverture (sans ôter son imperméable) et se recroquevilla sous la fenêtre, à côté du radiateur. Avant d'éteindre la lumière, dont l'interrupteur se trouvait près de la table de chevet, je demandai :

"Vous êtes bien sûr que nous sommes en sécurité, ici ?
- Ne vous en faîtes pas
, dit-il depuis les profondeurs de sa couverture ; Mrs Garland et sa nièce ne vont pas trouver nos cadavres encore chauds demain matin. En théorie cet endroit n'est connu de personne...
-En théorie ? c'est à dire...
-Oh, vous savez, on ne peut jamais jurer de rien, somme toute ; mais ça m'étonnerait beaucoup que quelqu'un ait pu connaître cette adresse. Non, sincèrement, si j'étais vous je ne me ferais pas de bile..."

Pensivement, j'actionnai l'interrupteur et l'obscurité se fit dans la pièce.

Je passai une nuit assez agitée, peuplée de rêves étranges où je croyais me réveiller en sueur et voir par la fenêtre, sur les toits de l'autre côté de la rue, des nuées de tireurs embusqués. Chaque cheminée prenait des formes inquiétantes, les chats de gouttières n'étaient pas ce qu'ils auraient dû être, et il me semblait entendre sous le lit les grondements sourds des caïmans du Planet Orleans Coffee... Plusieurs fois, je dus réellement ouvrir les yeux ; mais je redoutais le terrible petit point rouge du viseur laser qui viendrait annoncer ma fin, et j'avais pris soin de m'enterrer sous ma couverture, au risque de suffoquer...

Au réveil, vers dix heures du matin, j'interrogeai Dan Hunter sur son programme de la journée ; tout naturellement, je supposais qu'il poursuivrait son enquête, et j'étais curieux de le voir à l'oeuvre.

"A vrai dire, pas grand-chose, répondit-il en pliant avec soin sa couverture sur l'unique chaise ; mais ce soir, j'ai rendez-vous dans un restaurant avec quelqu'un qui devrait m'apporter des preuves. Un indic, en quelque sorte. Vous pouvez venir, si vous voulez..."

Bien sûr, je sautai sur l'occasion ; à présent que mes vacances au Chili étaient à l'eau, je n'avais rien de mieux à faire...et puis et surtout, finalement, je mourais d'envie d'en savoir plus sur toute cette histoire...


Publié par Experiment.Gat à 09:49:48 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (2) |

BLANCS-CRèMES ET CHASSE AUX CAïMANS. (3ème partie) | 01 février 2007

Hunter tira les rideaux de la petite fenêtre, et attira vers le milieu de la pièce l'unique chaise pour que je puisse m'asseoir. Lui-même s'assit en tailleur sur le lit, déboutonna son imperméable et posa son chapeau sur l'oreiller.
L'histoire qu'il me conta devait par la suite, et pour un moment, se mélanger dans ma tête pour former un magma incohérent d'évènements saugrenus. Cependant, à la lueur de ce qui s'est passé ensuite, j'arrive encore à rassembler quelques pièces du puzzle, les principales, donnant à peu près ce qui suit.

Vers la fin de la guerre avaient débarqué dans un village égaré du Nicaragua une poignée d'individus originaires d'Europe ; autrement dit, d'Allemagne ou d'Autriche, on ne savait pas trop. Mais ils avaient les cheveux blonds et un accent à couper au hachoir dans leur espagnol laborieux. Abondamment pourvus de fonds, ils s'étaient procurés une place au soleil occupée par une petite exploitation agricole où ils avaient, pour faire bonne mesure, fait pousser du café ; mais la nature (la leur) reprenant le dessus, en procédant à de méticuleuses sélections génétiques, ils avaient développé toutes sortes de variétés très pures (bien entendu) qu'on aurait pu qualifier d'exotiques s'il ne s'agissait pas déjà du Nicaragua. Et tout naturellement l'espèce du café blanc avait vu le jour dans le laboratoire installé dans la cave de leur exploitation.
La graine en elle-même arborait une belle couleur café-au-lait, pour faire bonne figure ; mais il s'agissait uniquement d'une coloration superficielle, et le café une fois moulu avait l'aspect d'une poudre à la blancheur parfaite, odorante et vaporeuse. Après avoir essayé de vendre des sacs de leur café en grain (sans succès à cause de l'aspect dénaturé du produit ; d'aucuns disaient qu'il avait le teint du cultivateur...), ils eurent finalement l'idée géniale qui devait mener aux plus intéressants développements de cette histoire.
Je ne sais plus si c'est juste avant ou bien juste après leur échec commercial qu'ils prirent contact avec le cartel Nicaraguayen. Ou bien ils furent contactés par lui, peu importe en définitive. En tout cas, c'est à ce moment que les Allemands (appelons-les ainsi) saisirent tout l'intérêt de commercialiser leur café moulu sous forme d'une poudre blanche à l'aspect rien moins qu'équivoque. Commercialiser, mais aussi et surtout...exporter.

"Comme vous vous en doutez, intervint Hunter à cette étape du récit, c'est surtout ça qui intéressait le cartel : l'export. Un peu de marketting, et hop ! nos compatriotes s'arrachaient le produit et multipliaient les commandes. Des structures de commerces furent mises en place, des facilités d'échange... Et voilà : à partir de ce moment arrivèrent régulièrement chez nous des myriades de caisses remplies de ce qui, officiellement, était du café ; mais je ne pense pas vous surprendre en ajoutant que d'autres types de poudres y sont facilement substitués. J'en ai la preuve, je vous ferai voir ça des que nous en auront le temps..."

Pour clôturer ce petit discours, il sortit un petit sachet et versa un peu de poudre dans sa main ; puis il souffla, dans un mouvement tournant, et disparut complètement dans un épais nuage blanc...


Publié par Experiment.Gat à 16:24:47 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (2) |

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L' Auteur

C'est moi!

Ceci est une expérience, une petite tentative de polar en épisodes pas sérieux du tout (juste un peu), parfois onirique, parfois improvisé... A forte teneur en caféine, comme de bien entendu :)

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