"Diantre !... murmura Hunter, lisant l'épaisse liasse de papiers trouvée dans l'enveloppe brune.
-Intéressant ? dis-je sombrement ; j'avais encore du mal à digérer les évènements de la veille, dans ce hall de gare bondé.
-Oui, oui ; vous n'avez pas risqué votre vie pour rien, rassurez-vous.
-Moi ? Je l'espère bien ! Et que faîtes-vous de ce pauvre type que vous avez fait tuer à votre place, après lui avoir mis votre chapeau ?
-Calmez-vous, mon vieux, rien n'indique qu'il soit mort...
-Effectivement, dis-je avec humeur ; Maggie ne nous a pas encore apporté les journaux du matin. Mais s'il est bien mort, vous n'avez pas fini de m'en entendre parler..."
Les documents, comme me l'apprit Dan Hunter par la suite, provenaient de cette fameuse source que nous avions failli rencontrer dans un restaurant asiatique ; apparemment, l'homme avait prévu le coup et mis sur papier tout ce qu'il pouvait, plus des photos et des microfilms ! (Bref, on ne pouvait rien lui reprocher si ce n'est d'avoir fréquenté des trafiquants de drogue...et de s'être fait descendre) Cependant, le visage de mon ami se décomposait au fur et à mesure qu'il lisait : je finis, lassé et vaguement inquiet, par lui demander ce qu'il y avait de si déprimant dans ces fichues preuves.
"Qu'y a-t-il ? Vous avez découvert que, par effet d'accoutumance, vous ne pourrez plus jamais vous passer de 'Café blanc du Nicaragua' ? Vous êtes le jouet des machiavéliques scientifiques blonds ?
-Pire encore, répondit Hunter ; leur organisation est sans faille et s'appuie sur un réseau conséquent mis à leur disposition par le Cartel nicaraguaien. Les fonctionnaires corrompus sont légion, et je ne vous dis pas jusqu'à quel niveau ils sont pourris...c'est effrayant.
-Je vois... En gros, vous vous êtes attaqué à beaucoup, beaucoup plus fort que vous. Et vous vous rendez enfin compte, après deux tentatives d'assassinat (dont une réussie, souvenez-vous), que c'est mal barré ?"
Dan ouvrit la bouche, un peu pris au dépourvu ; il fut sauvé par deux coups frappés à la porte. Deux coups, et tant pis pour le suspense, frappés par la très, très jolie Maggie Garland qui apportait la presse du matin. Les gros titres : MORT VIOLENTE A LA GARE, ou encore CEUX QUI MEURENT NE PRENDRONT PAS LE TRAIN...
"Mais non, mon cher, reprit Hunter, mais non, vous dramatisez. On ne peut rien faire ici, mais...
-...mais ?
-...c'est au Nicaragua que nous agirons, voilà tout."
Et moi, me dis-je, qui venais de faire une croix sur mes vacances au Chili...
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