Comment Dan Hunter et moi-même parvînmes au Nicaragua n'est pas l'objet principal de mon récit ; quoique la relation de nos péripéties jusqu'à Managua n'eût pas manqué de piquant... Enfin, quoi qu'il en soit nous arrivâmes à destination après un voyage agité dans les soutes d'un cargo, puis un périple brinqueballant à l'arrière d'un camion vétuste sur les routes (très) inégales de cette république d'Amérique Centrale. Quand je dis "à destination", c'est de la capitale Managua que je parle. D'après nos renseignements, le camp de base des chimistes allemands se trouvait un peu plus au Sud, mais Hunter avait besoin de je-ne-sais-quoi encore pour préparer notre expédition. Quant à moi, je me sentais prêt à aller à peu près n'importe où pourvu qu'il soit question de sortir de cette galère...
Après deux jours dans un hôtel miteux sous des pseudonymes ridicules (que je ne citerai pas ici), à rassembler du matériel -lampes torches, revolvers, munitions, provisions-, je vis revenir mon ami arborant un sourire joyeux :
"Ça y est ! Nous pouvons partir. J'ai réussi à me procurer une carte détaillée de la région qui nous intéresse ; et plutôt récente, qui plus est.
_Qu'appelez-vous "récente" ?
_L'année dernière ! Une chance, l'armée a délogé la guérilla révolutionnaire une bonne fois pour toutes de ce secteur, et ils en ont profité pour mettre à jour leurs cartes d'état-major...
_C'est une carte de l'armée ?! Vous vous l'êtes procuré comment ?
_Peu importe, dit-il en me la tendant négligemment ; mais faîtes-y attention. Si on nous prenait avec, cela risquerait de chauffer pour nos matricules, surtout avec le reste de notre attirail...
_Ouais, répliquai-je en grognant, voilà les nouveaux guérilleros qui débarquent à Managua. Oyez, oyez..."
J'entendis Hunter ricaner dans son coin en tirant sur les lanières de son sac. Guérilleros sur la corde raide, oui...
Le lendemain, nous roulions vers le Sud à bord d'une vieille camionnette achetée (à mes frais) pour une bouchée de pain. Dan Hunter conduisait ; à l'arrière, notre barda tressautait au gré des cahots, ce qui ne manquait pas de m'inquiéter. Nous aurions l'air fins avec des armes enrayées ; et puis, ces munitions qui bondissaient sur le plancher métallique, à proximité des bidons d'essence chargés avant le départ...
"Ne vous en faîtes pas, lança Dan en me secouant par l'épaule d'une main, et maîtrisant de l'autre une impressionnante embardée ; tout va bien se passer, vous verrez. Nous en avons vu d'autres...
_Euh...vous, peut-être...
_C'est vrai, mais...hem...tout s'est déroulé à merveille jusqu'ici, non ? Pas de raison que ça change, hein !
_Si vous le dîtes, Hunter..."
Plus nous nous rapprochions du but, plus la route devenait mauvaise ; mais la bagnole tenait le coup, et je voyais avec soulagement s'allonger la liste des kilomètres que nous n'aurions pas à parcourir à pied. Mais, comme on dit, toutes les bonnes choses ont une fin ; et celle-ci précisément n'était pas faite pour durer...
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