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A Polar Experience

Dream By Gatrasz Incorporated.

Episode 15 - [Chapitre 4] | 17 septembre 2007

DES REQUINS DANS LA FORêT NOIRE... (3ème partie)

Notre café bu, et plusieurs autres après (je dois bien le reconnaître), Miguelito déboula dans la salle avec ses pieds nus et du cambouis sur son visage souriant. Il annonça, en espagnol, que le radiateur de la camionnette était réparé. Dan Hunter s'extirpa avec regret du fauteuil qu'il s'était dégotté ; pour ma part j'étais resté debout, n'ayant cessé de tourner comme un lion en cage - au grand désespoir de mon ami. Ce dernier paya les cafés ; mais pour la note de réparations, il me désigna du pouce. «C'est votre bagnole, non ?», maugréa-t-il.Je fis mine de ne pas relever l'allusion, et payai son dû à Miguelito.
 
Dan possédait, entre autres, une photo de la maison, provenant de la fameuse enveloppe que j'avais été récupérer au nez et à la barbe de Jack-Erreur. On y voyait quatre jeunes hommes affichant des sourires austères, devant un grand bâtiment de bois ; sous chacun était écrit, au stylo, un nom. Le cliché datait de deux ans.
«C'est bien ici», me dit Hunter en me tendant les jumelles. L'exploitation agricole n'avait pas été trop difficile à trouver, en fin de compte. Un peu en retrait du village dont elle dépendait (je n'ose pas dire administrativement), elle avait jadis aussi servi d'école quand des missionnaires tenaient les lieux. Il va sans dire que les gosses de la région devaient se passer de cet enseignement depuis un moment...
 Une grande clôture ceinturait la propriété, située dans une sorte de cuvette entourée d'une maigre végétation ; le champ s'étendait à l'arrière de la maison, mais nous ne pouvions le voir depuis notre poste d'observation. En revanche, la façade nous apparaissait en plein, dans toute sa splendeur déchue. Une grande façade de planches qui autrefois avaient dû être peintes ; le soleil et le manque d'entretien les avaient ternies et elles avaient pris une couleur gris terne que la photographie ne nous avait pas laisser supposer. L'ensemble n'était pas d'un grand style, d'ailleurs ; sur le côté sud, une vérabda jurait même horriblement. Une véranda...ou plutôt une serre, je m'en fis aussitôt la remarque. On ne voyait pas clairement à travers les vitres, d'ici, mais il me semble y apercevoir des plantes, non identifiables bien entendu à une telle distance. Je le signalai tout de même à Dan Hunter..

« C'est sans doute là qu'ils développent leurs plants, acquiesca-t-il ; mais...quelque chose me chiffonne.
 _Quoi ?
 _Vous voyez quelqu'un, vous ? De l'activité ? Non... Personne, pas même un garde faisant sa ronde...
 _Ils se sentent peut-être trop en sécurité ici ?
 _Vous n'y pensez pas ; ils travaillent avec le Cartel Nicaraguayen, je vous le rappelle. Ces gens-là aiment à s'entourer de types armés pour protéger leurs investissements...».

Dans les dix minutes, nous étions devant le portail rouillé de l'exploitation ; l'endroit avait de plus en plus l'air désert...
 «On entre ?, proposa Hunter.
Je réfléchis un moment, pesant le pour et le contre. Si on nous surprenait...mais cela semblait peu probable, en fin de compte. Et puis, après tout, si nous avions fait le voyage jusqu'au coeur du Nicaragua...
 _On entre».
La maison était complètement vide. Son exploration du rez-de-chaussée jusqu'au grenier ne nous révéla rien, pas le moindre indice, pas la plus petite trace du passage d'un Allemand. Les plants de la serre étaient desséchés, et comme ils ne portaient pas de fruits nous ne pouvions les distinguer de caféiers normaux. 

« Ils se sont peut-être fichus de nous, murmura Hunter, couvert de poussière, en regardant par la fenêtre de l'office le champ en friche.
 _Pas nécessairement, ne dramatisez pas. Ils sont partis, voilà tout.
 -Vous croyez ?
 _Je n'ai pas plus d'informations que vous, vous savez. Mais si ç'avait été un piège, ils en auraient sûrement profité pour nous éliminer ; or, je n'entends pas de crissements de pneus, pas de bruits de bottes qui...
 _...arrêtez ! J'ai l'impression de les entendre, quand vous dîtes ça. Vous avez probablement raison, mais c'est frustrant
».
 
Restait la cave ; je fis sauter la porte d'un grand coup de pied. Sauter, c'est le mot, car le bois rongé par les vers explosa littéralement dans un nuage de poussière et de débris digne d'un vent de sable dans le désert du Mexique. Toussant, éternuant, nous descendîmes l'escalier...
En bas se trouvait ce qui avait dû être une sorte d'atelier d'artiste. Partout, des croquis, des affiches avortées ou déchirées. L'une d'elle, à mes pieds, comportait une jeune fille aux joues roses, avec à la main une tasse fumante ; et la mention, en caractères à peine ébauchés : "Café Blanc du Nicaragua"...

« Hé bien, finalement vous aviez raison ; on dirait que nous sommes arrivés trop tard...»


 

Publié par Experiment.Gat à 16:29:57 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (2) |

Episode 14 - [Chapitre 4] | 12 septembre 2007

DES REQUINS DANS LA FORêT NOIRE... (2ème partie)

Après les rues ensoleillées de Managua, pleines de cris et de chauffards, de bruits et d'autochtones dépenaillés, cette route qui tranchait tout droit au travers de la jungle me semblait l'endroit le plus désertique et le plus sombre qu'on puisse trouver sur cette planète. La radio (qui de toute façon ne captait plus rien) s'était tue dans un ultime cahot, nous laissant seuls dans l'habitacle surchauffé de la camionnette. Celle-ci, bravement, tenait le coup et nous épargnait les pannes à répétition...pour l'instant. Hunter et moi conduisions en alternance pour ne pas fatiguer ; après une partie du trajet particulièrement calme je lui avais donc rendu le volant. Renonçant à somnoler sur mon siège aux ressorts grinçants, je sortis le bras par la portière. Le cri que je poussai en touchant la carrosserie brûlante fit rire Dan à côté de moi.

« Oh, je vous en prie, hein ; ça aurait pu vous arriver aussi...
_Hem...oui, je présume, mon vieux. Mais c'est sur vous que c'est tombé ; c'est tout ».

Je me cantonnai dans un silence maussade ; mais ma vengeance ne tarda guère, me persuadant de l'existence en ce monde d'une forme de justice immanente. A la suite d'un choc dû au plus gros nid-de-poule de la journée, le moteur se mit à tousser et de la vapeur monta du capot de plus en plus abondamment.

« Et voilà, regardez ce que vous avez fait !
_Je voudrais vous y voir, hé ! Je n'y suis pour rien, moi, c'est ce trou sur la route qui...
_Oui, oui... En attendant, vous bousillez ma bagnole.
_Hein ?
_C'est moi qui l'ai payée, je vous le rappelle ».
 
Au lieu de me répondre vertement, Hunter lança un juron ; la puissance du moteur chutait d'un coup, et la camionnette s'arrêtait maintenant dans un nuage de vapeur brûlante. Nous étions trop atterrés pour reprendre notre altercation ; une seule question s'imposait : qu'allions-nous devenir ?

Comme nous émergions de notre stupeur, le nuage provenant du radiateur se dissipait lentement. J'allais ouvrir ma portière pour aller voir sous le capot, quand une main me saisit le bras ; et j'entendis la voix surprise d'Hunter :

« Regardez... »

Une baraque de bois apparaissait sur le bord de la route, cachée jusque là par la végétation luxuriante et la fumée du moteur. Sous les branchages épais apparaissaient des panneaux multicolores aux enseignes diverses : rafraîchissements, essence... On distinguait aussi, sur le côté, une espèce de hangar encombrés de matériel rouillé, bref, ce qui dans la région pouvait s'appeler...un garage.

« Non, dis-je, ce n'est pas possible...
_Je vous pince, si vous voulez...
_Non, merci... J'ai bien envie d'y croire, finalement ».

Je sortis de la voiture et, avec Hunter sur les talons, avançai vers la porte grande ouverte du bâtiment providentiel ; une sorte de natte la fermait, simplement. A l'intérieur, nous découvrîmes une sorte de bar, sans aucun consommateur évidemment. Un petit vieux dormait sur le comptoir, dans une pénombre presque fraîche au vu de la température qui régnait dehors (et surtout dans la camionnette)...

« Bonjour... Excusez-nous pour le dérangement, dis-je ; mais...nous sommes en panne, et...
_Pas de problème, lâcha le vieux en espagnol, en s'éveillant d'un coup. Asseyez-vous.
_Mais...
_Pas de problème, pas de problème ! Miguelito va s'occuper de votre voiture, c'est un très bon mécanicien, asseyez-vous... Je vous sers à boire, n'est-ce pas ? »

Nous aurions difficilement pu prétendre ne pas avoir soif... Le vieil homme disparut dans l'arrière boutique en appelant Miguelito ; il reparut bientôt avec deux bouteilles qu'il déposa devant nous. Elles étaient glacées... Je regardai quand même avec suspicion le liquide qu'elles contenaient et qui ne me disait rien ; Hunter renifla le goulot de celle qui trônait devant lui, puis sans attendre en avala une bonne gorgée. Ensuite, avec un soupir d'aise il se laissa tomber sur un tabouret, en poussant vers moi la seconde bouteille :

« Buvez ; c'est extrêmement rafraîchissant, ce truc
_Qu'est-ce que c'est ? demandai-je en saisissant l'objet sur lequel le givre commençait à fondre. Dan cligna de l'œil et sourit d'un air bête :
_Café blanc du Nicaragua. Glacé. Vous allez adorer... »



Publié par Experiment.Gat à 16:02:59 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (1) |

Episode 13 - [Chapitre 4] | 10 septembre 2007

DES REQUINS DANS LA FORêT NOIRE... (1ère partie)
--> Lire l'histoire entière

Comment Dan Hunter et moi-même parvînmes au Nicaragua n'est pas l'objet principal de mon récit ; quoique la relation de nos péripéties jusqu'à Managua n'eût pas manqué de piquant... Enfin, quoi qu'il en soit nous arrivâmes à destination après un voyage agité dans les soutes d'un cargo, puis un périple brinqueballant à l'arrière d'un camion vétuste sur les routes (très) inégales de cette république d'Amérique Centrale. Quand je dis "à destination", c'est de la capitale Managua que je parle. D'après nos renseignements, le camp de base des chimistes allemands se trouvait un peu plus au Sud, mais Hunter avait besoin de je-ne-sais-quoi encore pour préparer notre expédition. Quant à moi, je me sentais prêt à aller à peu près n'importe où pourvu qu'il soit question de sortir de cette galère...

Après deux jours dans un hôtel miteux sous des pseudonymes ridicules (que je ne citerai pas ici), à rassembler du matériel -lampes torches, revolvers, munitions, provisions-, je vis revenir mon ami arborant un sourire joyeux :

"Ça y est ! Nous pouvons partir. J'ai réussi à me procurer une carte détaillée de la région qui nous intéresse ; et plutôt récente, qui plus est.
_Qu'appelez-vous "récente" ?
_L'année dernière ! Une chance, l'armée a délogé la guérilla révolutionnaire une bonne fois pour toutes de ce secteur, et ils en ont profité pour mettre à jour leurs cartes d'état-major...
_C'est une carte de l'armée ?! Vous vous l'êtes procuré comment ?
_Peu importe, dit-il en me la tendant négligemment ; mais faîtes-y attention. Si on nous prenait avec, cela risquerait de chauffer pour nos matricules, surtout avec le reste de notre attirail...
_Ouais, répliquai-je en grognant, voilà les nouveaux guérilleros qui débarquent à Managua. Oyez, oyez..."

J'entendis Hunter ricaner dans son coin en tirant sur les lanières de son sac. Guérilleros sur la corde raide, oui...

Le lendemain, nous roulions vers le Sud à bord d'une vieille camionnette achetée (à mes frais) pour une bouchée de pain. Dan Hunter conduisait ; à l'arrière, notre barda tressautait au gré des cahots, ce qui ne manquait pas de m'inquiéter. Nous aurions l'air fins avec des armes enrayées ; et puis, ces munitions qui bondissaient sur le plancher métallique, à proximité des bidons d'essence chargés avant le départ...

"Ne vous en faîtes pas, lança Dan en me secouant par l'épaule d'une main, et maîtrisant de l'autre une impressionnante embardée ; tout va bien se passer, vous verrez. Nous en avons vu d'autres...
_Euh...vous, peut-être...
_C'est vrai, mais...hem...tout s'est déroulé à merveille jusqu'ici, non ? Pas de raison que ça change, hein !
_Si vous le dîtes, Hunter..."

Plus nous nous rapprochions du but, plus la route devenait mauvaise ; mais la bagnole tenait le coup, et je voyais avec soulagement s'allonger la liste des kilomètres que nous n'aurions pas à parcourir à pied. Mais, comme on dit, toutes les bonnes choses ont une fin ; et celle-ci précisément n'était pas faite pour durer...

Publié par Experiment.Gat à 12:49:57 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (4) |

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L' Auteur

C'est moi!

Ceci est une expérience, une petite tentative de polar en épisodes pas sérieux du tout (juste un peu), parfois onirique, parfois improvisé... A forte teneur en caféine, comme de bien entendu :)

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