DES REQUINS DANS LA FORêT NOIRE... (4ème partie)
Encore très sonnés par notre découverte de la cage vide et des oiseaux envolés, nous sortîmes de la plantation pour retourner sur la route ; nous marchions vers le village proche, nous retournant sans cesse en espérant presque apercevoir ne serait-ce qu'un visage à une fenêtre, ou dans la cour
Un petit vieux arrivait en sens inverse, clopinant à côté d'un âne au moins aussi âgé que lui, bardé de clochettes dont le tintement nous fit sortir de notre torpeur. Je relevai la tête et, me secouant, décidai d'aller lui demander quand passerait le prochain bus pour Managua (la camionnette avait rendu l'âme dans les derniers miles du voyage aller).
Le type afficha un vaste sourire édenté en m'annonçant :
«Pas d'autobus, messieurs... Jamais vu d'autobus ici, vous savez !
_Hem...non, nous ne savions pas.
Le sourire du vieillard s'élargit encore, au point que j'en eus peur pour sa mâchoire délabrée.
_Vous êtes venus voir les Allemands, hein ?
Je sursautai ; comment savait-il ?
_Je vous ai vu regarder la maison, étrangers.
_Vous les connaissiez ?
_Tout le monde les connaissait ! Ils sont célèbres !
Je compris ce qu'il voulait dire quand il exhiba un paquet de café blanc, qu'il tenait jusque-là rangé dans sa besace.
_Mais...où sont-ils allés ?, intervint Hunter.
_Ha ha, dit le vieux, pas loin d'ici... Ils ont obtenu la protection du seigneur Mendez. Je vais vous y mener, venez, venez !
Hunter me regarda, perplexe ; se pouvait-il que ce soit tout à coup si facile ? Ou bien ce vieux fou nous égarait-il sur une fausse piste ? Il n'y avait en vérité qu'une façon de le savoir ; et comme, apparemment, ce n'était pas loin... Nous emboîtâmes le pas à l'homme et à son âne.
Au bout d'une centaine de pas, notre guide bifurqua sur un sentier caillouteux qui s'enfonçait dans les buissons entre les collines. Hunter et moi échangeâmes un regard : l'aventure recommençait. Nous avancions à présent sac au dos dans une sorte de maquis épineux que le vieil homme semblait connaître comme sa poche ; le sentier, en fin de compte, était le lit desséché d'un ancien torrent... Un moment, je me demandai si nous ne courions pas droit dans un piège. C'était bien beau, cet inconnu providentiel qui surgissait du néant pour nous montrer le chemin ; mais, ruminais-je, ça n'arrive que dans les romans... Soudain, je reçus dans les côtes une bourrade qui me fit lever les yeux du chemin.
«Regardez, il nous appelle...»
Le petit vieux, arrivé au niveau d'un col quelques dizaines de pas en avant, nous faisait signe. Nous fûmes bientôt près de lui ; et le spectacle qu'il nous indiqua nous cloua positivement sur place...
Là, dans ce qui ressemblait à un ancien cratère, il y avait un lac ; et au milieu de ce lac, sur un îlot rocheux tout à fait improbable, se dressait...un château. Une imposante demeure qui pointait vers le ciel ses tourelles incontestablement gothiques au coeur de la pampa nicaraguayenne...
Vos Annotations