LE CAFé EST DANS LE LAC... (1ère partie)
"Non, vous n'allez pas abandonner maintenant ! Pas si près du but...
_Mais quoi ? Vous nous voyez donner l'assaut à ce truc comme ça, touts seuls ?
_Nous trouverons bien un moyen... Que diable, nous ne sommes pas venus jusqu'ici pour rien !
_Non, certes, mais... Comment voulez-vous...?
_Ok. Je n'en sais rien. Mais nous finirons bien par trouver..."
Je ne savais plus quoi dire ; Hunter semblait décidé à baisser les bras, mais je ne voulais pas en entendre parler. Pas après tout ce chemin, tous ces efforts.
Le petit vieux nous avait quitté, emportant un maigre pourboire (dans certains pays, les gens qui paient bien se font vite repérer) ; et nous avions laissé le soleil descendre sur les collines sans bouger du taillis où nous nous étions réfugiés. Tandis qu'Hunter se levait et s'éloignait dans les broussailles, je m'assis sur une pierre, écrasé soudain par la nouvelle tournure des choses. Que faire ? Rien que pour s'approcher de cet invraisemblable repaire, il nous aurait sûrement fallu le concours d'une petite armée ; et je ne parle même pas de l'investir... L'accès était restreint à une étroite langue de terre, comme les restes d'un ancien éboulement descendant en pente douce jusqu'au massif rocheux immergé qui supportait les hauts murs de cette extravagante...chose - cette espèce de château bavarois transposé en Amérique centrale ! Impossible de s'y aventurer sans être vu ; et qu'aurions-nous pu faire, à deux contre une très probable armée de gardes ? C'était du suicide, et je n'étais certes pas venu pour ça... Mais abandonner ? Non, non et encore non... Tout, mais pas revenir bredouille, et devoir affronter tous les jours les affiches à la gloire du nouveau, du merveilleux, du fantastique Café Blanc du Nicaragua ! Jamais ! Plutôt... Je me levai et, les mains dans les poches, m'approchai des rochers qui surplombaient le lac. Là, je m'absorbai dans la contemplation des eaux sombres qui stagnaient en bas, à peine ridées par un souffle de vent tiède...
"Hé, n'allez pas trébucher, Horowitz, lâcha la voix d'Hunter dans mon dos.
_Euh...non, dis-je, un peu comme un somnambule qui se réveillerait sur un toit. Et je fis quelques pas en arrière pour m'éloigner du gouffre.
_Alors, dis-je, où en êtes-vous de vos lamentations ?
_Lamentations ? Quelles lamentations, mon cher ?
_Ne vous moquez pas de moi ; il y a dix minutes, vous étiez assis là, désespéré comme un gamin qui a perdu son chien...
_Hem...oui, mais c'était il y a dix minutes, ça... Hem...il semble que j'avais besoin de voir les choses sous un nouveau jour.
_Et... ? Vous avez trouvé comment donner l'assaut à cette forteresse ?
_Donner l'assaut ? Jamais de la vie ! Cher ami, nous ne sommes pas là pour ça...
_Ah ?
_Non, bon Dieu, je ne suis qu'un détective moi, et pas un barbouze ! Ce n'est pas notre boulot, ça, Horowitz ; nous sommes ici pour récolter des informations, c'est tout. A ce propos...venez, suivez-moi ; j'ai quelque chose à vous montrer."
Décidément, la faculté qu'avait ce type de retomber sur ses pattes en toutes circonstances me dépassait complètement ; après sa sortie miraculeuse des eaux du port, la découverte du cadavre de son indic' sur le menu d'un restaurant chinois et la tentative d'assassinat dans le hall de la gare, je l'avais toujours vu plein d'une arrogante insouciance (pour ne pas dire d'une inconscience puérile). Pour une fois, suite à cet nouveau rebondissement il avait craqué ; mais ça n'avait pas duré longtemps, et il repartait de nouveau, bille en tête et l'air de rien.
Je le suivis donc, laissant là nos affaires au creux d'un buisson épineux...
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