LE CAFé EST DANS LE LAC... (4ème partie)
Je me demandai si Hunter se rendait compte que je venais d'avoir un cauchemar affreux ; c'est en regardant derrière lui pour détourner l'attention que je remarquai le ciel. Le soleil naissant paraissait au travers de gros nuages sombres qui donnaient à la luminosité un ton étrange et plutôt inquiétant. L'information parvint à mon cerveau au moment même où un roulement de tonnerre se faisait entendre au-delà des montagnes...
L'instant d'après, une averse se déclenchait au-dessus de nos têtes ; l'image que je me faisais d'un pays désertique toujours sec s'en alla rapidement dans le torrent tandis que nous nous dépêchions de ranger toutes nos affaires - déjà trempées, bien évidemment - dans les sacs de toile imperméables. Cette aventure semblait vraiment bien partie pour rester définitivement dans nos mémoires comme une véritable histoire d'eau...
Nous avions à peine fini, la pluie redoublant sans cesse, qu'une brusque rafale de vent m'arracha mon chapeau ; lequel tomba directement dans l'eau qui, déjà, remplissait la cuvette. Riche idée que nous avions eue là ! J'avais de l'eau jusqu'aux chevilles en bondissant pour rattraper mon galurin, et je perdis l'équilibre sans surprise pour tomber à genoux dedans... M'appuyant sur la fameuse pierre dressée en travers du courant, je réussis tout de même, du bout des doigts, à saisir le rebord de mon couvre-chef ; mais ce que j'aperçus en bas me fit reculer vivement en étouffant un cri. Hunter qui arrivait derrière moi pour me retenir buta contre mon épaule et s'arrêta les pieds dans l'eau, interdit...
Le défilé au bas des rochers, sous cet éclairage obscur, ressemblait un peu à une rue de la ville américaine que nous avions quittée une semaine auparavant ; deux rangées de façades aveugles couleur de brique rouge, un caniveau qui débordait sur la moitié de la rue sous une pluie diluvienne et une clarté défaillante qui s'y reflétait à peine. Dans l'ombre se coulaient des silhouettes qui n'eussent pas dépareillé le quartier miteux des demoiselles Garland - je ne parle même pas de l'avenue au restaurant de l'informateur-aux-poissons. Loin des forçats de mon cauchemar, ils se déplaçaient librement, comme des ouvriers qui vont prendre leur service à l'aube. C'était parfaitement compréhensible en fait, et beaucoup plus logique : les scientifiques européens, même sous contrôle du cartel nicaraguayen, avaient monté une industrie d'un poids certain sur le marché, officiellement qui plus est. Ils apportaient un emploi stable et rémunéré aux paysans du coin ; et à vrai dire plus cette partie de l'échafaudage commercial se présenterait avantageusement, mieux les diaboliques implications de l'affaire fonctionneraient. Stratégie terriblement efficace...
Bien entendu, il n'était absolument pas envisageable de jouer les cabris sur le mur abrupt des falaises ; et surtout, nous aurions en cas de chute terminé du mauvais côté du "caniveau", en l'occurrence un torrent boueux plutôt peu rassurant dans la perspective d'y piquer une tête. Nous suivîmes donc de haut le cortège, prenant garde à ne pas déraper, nous accrochant pour cela aux buissons et aux arbustes qui nous écorchaient les mains. C'est sans surprise qu'ils nous conduisirent non loin du château sur le lac ; en revanche je frémis d'horreur quand soudain, le sol se déroba sous les pas de mon ami Dan Hunter : il disparut sans un cri dans le vide, avec un pan de terre argileuse qui s'effondra sous lui dans le torrent de boue...
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