L'AUTRE CôTé DE LA CAFETIèRE... (1ère partie)
Maggie Garland mettait le couvert, dans la cuisine du petit appartement qu'elle occupait avec sa tante, au fond de leur modeste friperie. Elle disposait les deux assiettes sur la nappe à carreaux rouges en chantonnant lorsque le téléphone sonna dans la pièce voisine ; elle haussa les épaules en entendant sa tante décrocher. C'était toujours cette dernière qui répondait. Sauf...la jeune femme déposa les couteaux et les fourchettes sur la toile cirée, avec un cliquetis caractéristique qui couvrit un instant le faible bruit de voix qui lui parvenait de l'autre côté de la cloison. Trois jours plus tôt, lorsque Mme Ruth Garland était en train de faire son marché au magasin d'alimentation générale du quartier, c'était elle, Maggie, qui avait répondu. Elle était toujours seule à ce moment de la journée, et n'avait donc pas été surprise de reconnaître, à l'autre bout du fil, la voix de Gérald Horowitz...
"Où êtes-vous donc ? avait-elle aussitôt demandé, anxieusement.
_Nous venons d'arriver à Managua. Hier. Hunter est allé acheter du...matériel ; alors j'en profite pour vous appeler depuis le téléphone de l'hôtel, et vous dire que tout va bien pour nous.
_Mr Hunter ne sait pas que vous m'appelez ?
_Non... J'ai préféré ne rien lui dire. Vous savez, il est parfois un peu...paranoïaque.
_Oui, vous avez raison. Cela ne sert à rien de l'inquiéter ; je sais que vous allez bien, c'est le principal, n'est-ce pas ?"
Ensuite, Maggie Garland ouvrit le buffet pour y prendre des petites cuillères ; les verres quant à eux séchaient à côté de l'évier. Après le coup de fil d'Horowitz, elle s'était rendue dans sa chambre et, sortant un petit calepin du tiroir de sa table de nuit, elle y avait inscrit quelques mots. Puis, le rouge aux joues, elle l'avait soigneusement fermé et rangé dans son tiroir...
Quand Ruth Garland entra dans la cuisine, sa nièce était en train de remplir une carafe d'eau pour la poser sur la table.
"Qui était-ce, tante Ruthie ?
_Mr Rebbenkohl ; il veut que nous passions chez lui cet après-midi.
_Veux-tu que je tienne le magasin ?
_Non, tu viendras aussi et nous fermerons la boutique ; c'est important."
Maggie acquiesça sans rien dire ; en fait, elle n'était pas fâchée à l'idée de sortir un peu. En bas de chez Mr Rebbenkohl, il y avait un petit café très agréable où elles pourraient sans doute, en repartant, aller boire un thé en écoutant des disques... Une bonne odeur de gratin se répandit dans la cuisine ; la jeune femme alla ouvrir la porte du four et déposa ensuite le plat tout chaud sur la table. Sa tante emplit les deux assiettes, et elles mangèrent en silence avant que le chou-fleur à la béchamel n'ait eu le temps de refroidir.
Vers 15 heures, elles s'apprêtèrent pour sortir ; Maggie s'attarda un moment devant le grand miroir de la commode pour ajuster un élégant manteau vert foncé qui tombait à merveille sur sa simple robe brune. Tandis qu'elle baissait le nez pour arranger sa coiffure, ses yeux tombèrent sur le tiroir de la table de nuit ; elle l'ouvrit pour y prendre le carnet relié de cuir, qu'elle glissa dans une poche intérieure de son manteau. Puis elle sortit et rejoignit sa tante.