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A Polar Experience

Dream By Gatrasz Incorporated.

Episode 19 - [Chapitre 5] | 04 décembre 2007

LE CAFé EST DANS LE LAC... (3ème partie)

Un léger bruit, comme celui d'un caillou qui en frappe un autre, me tira de ma torpeur. Je rampai jusqu'au bord de la falaise. Le soleil était sur le point de se lever ; et sous la lueur vive de ses premiers rayons, je vis s'étirer sur la route, en contrebas, une longue colonne de silhouettes sombres... La cohorte qui serpentait sous mes yeux était composée de paysans manifestement enchaînés, ou plutôt encordés comme un groupe d'ascensionnistes dans l'Himalaya. Mais ici, point de neige et point de vent glacé ; des gardes porteurs de casquettes et de carabines composaient l'escorte de ce convoi issu, sans doute, d'une rafle dans les villages voisins... Sitôt le cortège passé, nous nous précipitâmes sur la route sans perdre de temps à réfléchir aux conséquences de nos actes ; une corniche utilisée probablement en d'autres temps par les animaux nous permit d'y parvenir sans nous rompre le cou ni provoquer l'éboulement qui nous eût trahi. Ensuite, profitant de l'obscurité encore relative associée à l'éblouissement des premiers rayons et de la nonchalance des gardes, nous nous joignîmes à la file des forçats, passant à nos ceintures l'extrémité des cordes pour faire illusion. Réglant nos pas sur celui de la colonne, nous prîmes alors le chemin du château sur le lac...

En approchant de l'étrange demeure seigneuriale par la jetée de terre, nous vîmes non sans frayeur que des gardes armés en surveillaient aussi l'entrée ; mais il faut croire qu'ils ne se souciaient guère de la main-d'oeuvre, laissant ce soin à leurs homologues de l'escorte, car ils ne bronchèrent pas à notre passage. Sûrement, la poussière cachait assez efficacement la coupe plutôt citadine de nos vêtements. Les lourdes portes de bois et de fer forgé se refermèrent derrière nous ; j'en ressentis un petit pincement au coeur. Comment sortirions-nous de ce piège ? Je préférai ne pas y penser ; quant à interroger mon ami, il n'y fallait pas songer : qu'on nous entende discuter, et notre approximative couverture pouvait s'écrouler comme un château de cartes. Bon sang, mais qu'étais-je venu faire dans cette galère ?

On nous conduisit vers un long bâtiment dans la large cour dallée ; un couloir sombre précédé de quelques marches avala les premiers villageois, et nous suivîmes tandis que les gardes, eux, restaient à l'extérieur, devant la porte. Ainsi, aucune fuite possible... Au fur et à mesure de notre avance, des sons s'élevaient en provenance du fond obscur de cet interminable couloir ; des bruits d'atelier, de machines et d'autres que nous ne pouvions identifier. Enfin, parut de la lumière ; et nous fûmes en haut d'un autre escalier qui descendait vers une vaste salle... D'un commun accord, Hunter et moi-même nous libérâmes de la corde passée à notre ceinture ; et, chacun de notre côté, nous bondîmes en arrière dans l'ombre derrière les montants métalliques de cette dernière entrée. Là, à l'abri des regards, nous pûmes observer en plein travail les malheureux ouvriers. Certains, le long d'un tapis roulant, décortiquaient et triaient les grains de café de couleur claire que d'autres y versaient depuis d'énormes sacs qui, une fois vides, s'entassaient dans un coin. D'autres travailleurs s'activaient près de fourneaux ronflants à la torréfaction du café qui, semblait-il, ressortait plus blanc encore de l'opération. De là, une partie de la récolte était directement mise en sacs au moyen de petites pelles de fer blanc ressemblant à des boîtes de conserve coupées en biais ; le reste s'en allait plus loin encore dans l'atelier, vers des broyeurs qui réduisaient les grains blancs en une poudre, cette fameuse poudre de café blanc dont l'aspect ambigu permettait, nous le savions bien, un odieux trafic autrement plus grave... Soudain, comme nous regardions bouche bée cet édifiant spectacle, les ténèbres qui nous dissimulaient avantageusement s'évanouirent, et la lumière crue de néons nous aveugla tout à coup. Terrifié, je me tournai vers Dan Hunter dont les yeux clignotants de surprise me renvoyèrent mon effroi : un bruit de pas se faisait à présent entendre derrière nous dans le couloir illuminé ! En proie à une profonde horreur, nous nous retournâmes d'un bloc...

-A suivre-

Publié par Experiment.Gat à 10:23:05 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

L' Auteur

C'est moi!

Ceci est une expérience, une petite tentative de polar en épisodes pas sérieux du tout (juste un peu), parfois onirique, parfois improvisé... A forte teneur en caféine, comme de bien entendu :)

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