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A Polar Experience

Dream By Gatrasz Incorporated.

Episode 23 - [Chapitre 6] | 21 décembre 2007

L'AUTRE CôTé DE LA CAFETIèRE... (3ème partie)

Assise toute seule à une table du salon de thé, en face de chez Mr Rebbenkohl, Maggie Garland se morigénait. Avec beaucoup d'hypocrisie, certes, et elle souriait en même temps au souvenir de la tête horrifiée de sa tante. Mais tout de même, se faire exclure de la réunion ! D'autant qu'elle avait envie de savoir, finalement, où en était le commerce du café blanc ; ils étaient peu sur le coup, répartis dans les grandes villes américaines en petites cellules d'actionnaires qui se partageaient les bénéfices de cette astucieuse et ambitieuse importation. Bien sûr, ce n'était pas toujours facile : il y avait des détracteurs, soucieux de la légalité du produit ; il y avait des gens comme ce Dan Hunter, qui se démenaient pour démanteler ce réseau qui évoluait en dehors des sentiers classiques et se riait des taxes. De quoi se mêlaient-ils ? Dans quelques années, lorsque le café blanc aurait fait son trou, il serait bien temps d'établir des contrats officiels ; quant à savoir qui finançait l'importation actuelle et avec quelle contrepartie, Maggie s'en moquait éperdument. Le Cartel de la drogue au Nicaragua ? Peu importait ; il suffisait que chacun y trouve son compte. Après tout le café blanc, lui, ne tuait personne. Enfin, il y avait bien ceux qui avaient tenté d'enrayer la machine et s'en mordaient à présent les doigts, les pieds dans le béton ou dans le ventre des poissons ; mais ceux-là, ils l'avaient bien cherché. Ainsi le pitoyable informateur de Dan Hunter. Et pour le détective lui-même...
Maggie remua lentement son thé en faisant tinter la petite cuillère contre les parois de la tasse en porcelaine ; puis elle but une gorgée. Hunter avait eu de la chance ; mais l'avertissement n'avait apparemment pas suffi. Il avait même eu l'inconscience d'entraîner avec lui ce malheureux inconnu à qui il devait la vie. Ce...Gérald Horowitz, dont on ne savait pas grand-chose ; si ce n'est, songeait la jeune femme, que c'était un homme tout à fait charmant. Qui mériterait bien qu'on lui ouvre les yeux ; et, peut-être, d'être introduit en fin de compte dans le cercle fermé des actionnaires du café blanc - à condition qu'il se reprenne, et comprenne assez vite l'absurdité de sa position. La jeune femme en était là de ses réflexions, les yeux rêveurs et les lèvres entrouvertes laissant monter dans l'air froid de l'hiver, qui s'infiltrait dans l'établissement à chaque fois qu'on ouvrait la porte, la buée de son haleine parfumée, lorsque sa tante sortit de l'immeuble qui abritait les appartements de Mr Rebbenkohl.

"Hé bien, ma nièce, je ne te félicite pas. Il s'en est fallu de peu qu'on ne songe à t'exclure définitivement de notre petite association.
_Un thé, ma tante ? Je vais passer commande.
_Sans sucre pour moi, avec un nuage de lait. Tu en seras quitte pour le ridicule ; mais tu auras intérêt à te tenir à carreaux à partir d'aujourd'hui, ou tu peux faire une croix sur tes dividendes.
_Je ferais attention, ma tante : cela ne se reproduira plus. Hmm...et à part cela, quelles sont les nouvelles ?
_Mr Rebbenkohl songe à élargir le réseau de distribution pour augmenter notre volume d'affaires. Nous avons en vue plusieurs établissements qui pourraient avantageusement écouler notre marchandise ; je t'en reparlerai.
_Je vois...et...à propos d'Hunter et de son ami ?


Ruthie Garland fit mine d'ignorer l'anxiété visible dans la question de sa nièce ; probablement elle l'avait remarquée, et elle en jouait avec un plaisir sadique.

_Oui, répondit-elle négligemment, après avoir longuement goûté sa première gorgée de thé, et rajouté un peu de lait dans sa tasse, goutte à goutte, avec lenteur et minutie ; il paraît qu'ils ont eu...un accident.
Maggie pâlit soudain, la lèvre tremblante et le regard affolé :
_...et ?

Cruelle, la tante grignota un bout de gâteau, avala une gorgée et, enfin, daigna répondre :

_Un éboulement, je crois ; ou un glissement de terrain...l'un des deux n'a pas survécu ; l'autre est tombé aux mains de nos fournisseurs, et ils délibèrent actuellement sur son sort.
La nièce avait le visage décomposé, elle tremblait.
_Sait-on lequel a été...? Hunter ? Horowitz ?
_Non, Maggie,
lâcha froidement Ruthie Garland ; je n'en ai pas la moindre idée..."


Publié par Experiment.Gat à 14:14:44 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (3) |

Episode 22 - [Chapitre 6] | 19 décembre 2007

L'AUTRE CôTé DE LA CAFETIèRE... (2ème partie)

Joseph Rebbenkohl était un petit homme rond et moustachu, au front dégarni ; il pouvait avoir la cinquantaine. Il vivait dans un vaste appartement au troisième étage d'un immeuble 19ème. D'ailleurs, tout l'ameublement rappelait une ambiance du dix-neuvième siècle ; on pouvait diagnostiquer chez ce type une grave nostalgie de l'époque de ces industriels richissimes qui finançaient l'expansion du chemin de fer aux Etats-Unis. Il y en avait de nombreux souvenirs, qui composaient une décoration singulière à tendance monomaniaque ; on voyait par exemple un unique rail de chemin de fer, pièce sans doute hautement symbolique aux yeux de son propriétaire, fixé au mur comme on aurait pu le faire d'un fusil... Rebbenkohl ne pouvait évidemment pas dissimuler à ses visiteurs sa curieuse lubie ; aussi se contentait-il de n'en rien laisser paraître dans son comportement. Maggie Garland s'en amusait beaucoup : elle y pensait en gravissant avec sa tante les marches qui conduisaient chez lui. Elle se sentait d'humeur plutôt facétieuse, et se demandait comment elle allait cette fois réagir face à cet univers incongru. Déjà, elle souriait de voir sa tante s'arrêter devant la porte et tirer sur ce qui, avant d'être une sonnette d'appartement, avait dû être une poignée de signal d'alarme dans un quelconque wagon de luxe. Encore une fois, se dit-elle, ç'allait être drôle...
Un domestique en livrée (c'est-à-dire, vous l'aurez compris, en uniforme de la compagnie des wagons-lits) vint ouvrir.

"Entrez, Mesdames ; Monsieur Rebbenkohl vous attend..."

Il connaissait les demoiselles Garland, les ayant déjà introduites à de nombreuses reprises dans le logis de son patron ; Ruthie Garland était en affaires avec Joseph Rebbenkohl depuis de nombreuses années. Maggie n'était pas venue depuis très longtemps (elle était alors toute petite) : elle laissait jusqu'ici à sa tante le soin de gérer leurs affaires communes ; mais, lui avait-on dit, il n'était désormais plus temps de faire l'enfant...

"Je vous remercie d'être venues", les salua leur hôte dès leur entrée dans le salon. Une curieuse compagnie était réunie là : une vieille femme noire, imposante et très digne ; un jeune homme asiatique qu'on pouvait supposer un peu plus âgé que Maggie ; et deux messieurs d'allure européenne (plutôt qu'américaine). Elles prirent place avec quelques discretes formules de politesse sur les deux fauteuils qui restaient, en face du bureau de Mr Rebbenkohl.

Dès le début, Maggie Garland sentit que cela allait mal finir pour elle ; cet endroit à la décoration bizarre lui semblait vraiment trop ridicule, et l'air empesé que tout le monde arborait n'arrangeait rien du tout. Quand leur hôte déclara qu'on était là pour étudier les nouveaux développements des affaires en-train, elle pouffa ; les autres la gratifièrent d'un regard noir, et sa tante d'un coup de coude. Elle tâcha de reprendre son sérieux tandis qu'un autre domestique (habillé comme le premier) apportait un plateau garni de 7 tasses de café - blanc, bien entendu. Mais son regard tomba droit sur l'agenda de Mr Rebbenkohl : il ressemblait tout à fait à un indicateur des chemins de fer. Elle détourna la tête, trouvant ce détail réellement trop stupide ; malheureusement, ses yeux rencontrèrent alors le fameux rail fixé à des pitons sur la cheminée... La discussion, qui portait (elle s'en souvint plus tard) sur les cours du café blanc dont tous étaient actionnaires - elle-même y compris - et de complications inattendues dont elle ne pouvait que soupçonner la nature, fut interrompue par une crise de fou-rire qu'elle ne put cette fois maîtriser ; et c'est sous les huées les plus indignées qu'elle fut exclue de la réunion.


Publié par Experiment.Gat à 15:25:54 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 21 - [Chapitre 6] | 17 décembre 2007

L'AUTRE CôTé DE LA CAFETIèRE... (1ère partie)

Maggie Garland mettait le couvert, dans la cuisine du petit appartement qu'elle occupait avec sa tante, au fond de leur modeste friperie. Elle disposait les deux assiettes sur la nappe à carreaux rouges en chantonnant lorsque le téléphone sonna dans la pièce voisine ; elle haussa les épaules en entendant sa tante décrocher. C'était toujours cette dernière qui répondait. Sauf...la jeune femme déposa les couteaux et les fourchettes sur la toile cirée, avec un cliquetis caractéristique qui couvrit un instant le faible bruit de voix qui lui parvenait de l'autre côté de la cloison. Trois jours plus tôt, lorsque Mme Ruth Garland était en train de faire son marché au magasin d'alimentation générale du quartier, c'était elle, Maggie, qui avait répondu. Elle était toujours seule à ce moment de la journée, et n'avait donc pas été surprise de reconnaître, à l'autre bout du fil, la voix de Gérald Horowitz...

"Où êtes-vous donc ? avait-elle aussitôt demandé, anxieusement.
_Nous venons d'arriver à Managua. Hier. Hunter est allé acheter du...matériel ; alors j'en profite pour vous appeler depuis le téléphone de l'hôtel, et vous dire que tout va bien pour nous.
_Mr Hunter ne sait pas que vous m'appelez ?
_Non... J'ai préféré ne rien lui dire. Vous savez, il est parfois un peu...paranoïaque.
_Oui, vous avez raison. Cela ne sert à rien de l'inquiéter ; je sais que vous allez bien, c'est le principal, n'est-ce pas ?"


Ensuite, Maggie Garland ouvrit le buffet pour y prendre des petites cuillères ; les verres quant à eux séchaient à côté de l'évier. Après le coup de fil d'Horowitz, elle s'était rendue dans sa chambre et, sortant un petit calepin du tiroir de sa table de nuit, elle y avait inscrit quelques mots. Puis, le rouge aux joues, elle l'avait soigneusement fermé et rangé dans son tiroir...

Quand Ruth Garland entra dans la cuisine, sa nièce était en train de remplir une carafe d'eau pour la poser sur la table.

"Qui était-ce, tante Ruthie ?
_Mr Rebbenkohl ; il veut que nous passions chez lui cet après-midi.
_Veux-tu que je tienne le magasin ?
_Non, tu viendras aussi et nous fermerons la boutique ; c'est important."


Maggie acquiesça sans rien dire ; en fait, elle n'était pas fâchée à l'idée de sortir un peu. En bas de chez Mr Rebbenkohl, il y avait un petit café très agréable où elles pourraient sans doute, en repartant, aller boire un thé en écoutant des disques... Une bonne odeur de gratin se répandit dans la cuisine ; la jeune femme alla ouvrir la porte du four et déposa ensuite le plat tout chaud sur la table. Sa tante emplit les deux assiettes, et elles mangèrent en silence avant que le chou-fleur à la béchamel n'ait eu le temps de refroidir. Vers 15 heures, elles s'apprêtèrent pour sortir ; Maggie s'attarda un moment devant le grand miroir de la commode pour ajuster un élégant manteau vert foncé qui tombait à merveille sur sa simple robe brune. Tandis qu'elle baissait le nez pour arranger sa coiffure, ses yeux tombèrent sur le tiroir de la table de nuit ; elle l'ouvrit pour y prendre le carnet relié de cuir, qu'elle glissa dans une poche intérieure de son manteau. Puis elle sortit et rejoignit sa tante.


Publié par Experiment.Gat à 13:58:22 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 20 - [Chapitre 5] | 11 décembre 2007

LE CAFé EST DANS LE LAC... (4ème partie)

Je me demandai si Hunter se rendait compte que je venais d'avoir un cauchemar affreux ; c'est en regardant derrière lui pour détourner l'attention que je remarquai le ciel. Le soleil naissant paraissait au travers de gros nuages sombres qui donnaient à la luminosité un ton étrange et plutôt inquiétant. L'information parvint à mon cerveau au moment même où un roulement de tonnerre se faisait entendre au-delà des montagnes...

L'instant d'après, une averse se déclenchait au-dessus de nos têtes ; l'image que je me faisais d'un pays désertique toujours sec s'en alla rapidement dans le torrent tandis que nous nous dépêchions de ranger toutes nos affaires - déjà trempées, bien évidemment - dans les sacs de toile imperméables. Cette aventure semblait vraiment bien partie pour rester définitivement dans nos mémoires comme une véritable histoire d'eau...
Nous avions à peine fini, la pluie redoublant sans cesse, qu'une brusque rafale de vent m'arracha mon chapeau ; lequel tomba directement dans l'eau qui, déjà, remplissait la cuvette. Riche idée que nous avions eue là ! J'avais de l'eau jusqu'aux chevilles en bondissant pour rattraper mon galurin, et je perdis l'équilibre sans surprise pour tomber à genoux dedans... M'appuyant sur la fameuse pierre dressée en travers du courant, je réussis tout de même, du bout des doigts, à saisir le rebord de mon couvre-chef ; mais ce que j'aperçus en bas me fit reculer vivement en étouffant un cri. Hunter qui arrivait derrière moi pour me retenir buta contre mon épaule et s'arrêta les pieds dans l'eau, interdit...

Le défilé au bas des rochers, sous cet éclairage obscur, ressemblait un peu à une rue de la ville américaine que nous avions quittée une semaine auparavant ; deux rangées de façades aveugles couleur de brique rouge, un caniveau qui débordait sur la moitié de la rue sous une pluie diluvienne et une clarté défaillante qui s'y reflétait à peine. Dans l'ombre se coulaient des silhouettes qui n'eussent pas dépareillé le quartier miteux des demoiselles Garland - je ne parle même pas de l'avenue au restaurant de l'informateur-aux-poissons. Loin des forçats de mon cauchemar, ils se déplaçaient librement, comme des ouvriers qui vont prendre leur service à l'aube. C'était parfaitement compréhensible en fait, et beaucoup plus logique : les scientifiques européens, même sous contrôle du cartel nicaraguayen, avaient monté une industrie d'un poids certain sur le marché, officiellement qui plus est. Ils apportaient un emploi stable et rémunéré aux paysans du coin ; et à vrai dire plus cette partie de l'échafaudage commercial se présenterait avantageusement, mieux les diaboliques implications de l'affaire fonctionneraient. Stratégie terriblement efficace...

Bien entendu, il n'était absolument pas envisageable de jouer les cabris sur le mur abrupt des falaises ; et surtout, nous aurions en cas de chute terminé du mauvais côté du "caniveau", en l'occurrence un torrent boueux plutôt peu rassurant dans la perspective d'y piquer une tête. Nous suivîmes donc de haut le cortège, prenant garde à ne pas déraper, nous accrochant pour cela aux buissons et aux arbustes qui nous écorchaient les mains. C'est sans surprise qu'ils nous conduisirent non loin du château sur le lac ; en revanche je frémis d'horreur quand soudain, le sol se déroba sous les pas de mon ami Dan Hunter : il disparut sans un cri dans le vide, avec un pan de terre argileuse qui s'effondra sous lui dans le torrent de boue...


Publié par Experiment.Gat à 16:49:45 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (2) |

Episode 19bis - [Chapitre 5] | 06 décembre 2007

LE CAFé EST DANS LE LAC... (3ème partie - Suite)

Un trio de gardes sanglés dans des uniformes de gradés s'avançait dans le couloir à notre rencontre. Hunter et moi eûmes juste le réflexe de nous jeter en arrière, dans les deux sortes de niches qui encadraient symétriquement la porte. Deux pièges, en fin de compte : pour le moment elles nous couvraient, mais quand les trois officiers à l'air martial - pour ce que nous avions pu en voir - arriveraient à notre hauteur, elles nous trahiraient irrémédiablement. A moins que...je venais d'apercevoir une porte de fer qui s'entrebâillait derrière Hunter ; et la même se découpait dans mon dos sur le mur en ciment. Deux couloirs secondaires... Chacun de nous deux s'y précipita de son côté ; et les deux battants se rabattirent sans bruit tandis que les officiers atteignaient le seuil que nous venions de quitter. Ayant poussé la porte métallique et constaté, fort heureusement, que cette partie du couloir était éclairée - et vide, je m'aperçus que je ne pouvais pas rouvrir le battant sans la clef, qui bien évidemment manquait. Un instant désorienté, je me résignai à emprunter ce nouveau corridor vers l'inconnu. Auparavant j'écoutai un moment, pour être sûr qu'Hunter avait comme moi réussi à échapper à la vigilance des gardes...

J'aboutis à un escalier qui montait en spirale ; n'ayant pas d'autre choix, je commençai à gravir les marches. Une vingtaine de degrés me menèrent à un premier pallier ; mais la porte était fermée à clef. Je poursuivis donc ma montée. Le Palier suivant, qui selon mes calculs correspondait au premier étage par rapport au niveau de la cour, semblait en tout point identique ; mais la porte en était entrouverte... Je risquai un regard dans la pièce ; je me trouvais vraisemblablement dans le donjon. A ce niveau, le plancher était constitué d'une simple corniche d'une largeur d'environ deux mètres. Au centre, de l'autre côté d'une rambarde de fer, le vide ouvrait sur le sol dallé de l'étage inférieur - le rez-de-chaussée. Mais ce qui tout de suite me frappa quand je m'avançai, prudemment, c'est la présence de "cages", comme des cages à poules, recouvrant toute la surface des murs sur ces deux étages à l'exception des portes dans les coins et de profonds tunnels au niveau - je le compris bien vite - des fenêtres. A mon grand regret, elles étaient vides ; pas de plumes sur le sol, aucun indice permettant de se faire une idée de la nature des créatures qu'on pouvait y garder. Je supposai qu'il s'agissait de volatiles ; mais ç'aurait tout aussi bien pu être des reptiles ou n'importe quelles petites bêtes. Je n'entendis aucun cri ni piaillement par ailleurs, même si j'eus l'impression que toutes les cages de l'étage inférieur au mien n'étaient pas vides. Des mouvements étouffés, simplement, mais hors de vue et de toute façon trop loin pour que je puisse distinguer quoi que ce fût...

Comme l'accès aux étages supérieurs se faisait exclusivement par les escaliers en spirale aux quatre coins du bâtiment, et pour ne pas m'avancer trop à découvert, je battis en retraite et refermai la porte derrière moi. Puis je repris mon ascension des degrés tournants.

Le niveau du dessus était un laboratoire. Je m'en rendis compte avant même d'y arriver, par l'odeur étrange qui régnait dans la tourelle accueillant l'escalier, poussée jusqu'à moi par un léger courant d'air. A nouveau, le battant était entrebâillé, ce qui me permit de voir une pièce aux dimensions légèrement plus réduites que précédemment (à cause des murs en légère pente vers l'intérieur). Un bref coup d'oeil me révéla de vastes tables avec des lampes et des pots de terre où diverses jeunes plantes s'épanouissaient. Des caféiers, probablement. Autour gravitaient plusieurs personnes en blouses blanches : une, deux, trois...combien y avait-il de savants, déjà ? Je ne savais plus. Au moins quatre, sans doute ; car quand j'en eus dénombré trois, la porte qui me dissimulait remua sous l'action d'une main étrangère. Je bondis en réprimant un cri, et mon coeur s'arrêta de battre...et la porte fut fermée, sur une remarque tentée d'accent allemand sur ces "fichus courants d'air". Ouf...

Ce que je devais voir au troisième - et dernier - étage du château, j'hésite à le décrire ici tant cela dépasse l'imagination ; et l'horreur que j'en conçus me paraît de celles qui doivent être tues, pour toujours enfouies dans les profondeurs de l'oubli - si tant est qu'on puisse les oublier. Si j'avais pu savoir ce qui se déroulait à cet étage, si je m'étais seulement imaginé la scène atroce que j'allais y trouver, jamais je n'aurais pris ma respiration pour tirer cette maudite poignée. Jamais je n'aurais frémi de joie en constatant que le battant ne grinçait pas, et jamais je n'aurais écarquillé mes yeux, saisi par une vision qui, si elle semblait tout droit sortie d'un conte de fée, n'en portait pas moins les stigmates infernaux des plus innommables perversions... Cet homme - qu'il soit déchu de ce titre éternellement ! - qui était-il ? Et ces petites créatures qui l'entouraient ? Leurs ailes battant l'air dans un vrombissement que j'avais maintes fois entendu sans penser à lever la tête dans ces couloirs sombres... Leurs corps de jeunes femmes, mais si petits... Si disproportionnés en comparaison avec celui qui, au centre... Ah, comment pareille scène pouvait-elle seulement s'imaginer ?! Je reculai, couvrant mes yeux de mes deux mains sans pouvoir effacer cet immonde souvenir ; je retournai dans l'ombre de l'escalier, et, oubliant les marches, poussant un cri qui dut résonner dans chaque pierre de ce château monstrueusement imprégné de tous les vices envisageables, je tombai à la renverse...

...et me réveillai en sursaut. Essoufflé, moite et courbatu. Nous étions toujours dans la cuvette qui surplombait la route ; le feu était mort depuis longtemps déjà, et Hunter était assis bien droit de l'autre côté, me regardant avec curiosité dans les premières lueurs de l'aube.

Publié par Experiment.Gat à 11:43:41 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (1) |

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L' Auteur

C'est moi!

Ceci est une expérience, une petite tentative de polar en épisodes pas sérieux du tout (juste un peu), parfois onirique, parfois improvisé... A forte teneur en caféine, comme de bien entendu :)

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