CAFé, POUDRE AUX YEUX ET CENDRES DE CIGARES... (3ème partie)
Quelques jours plus tôt, Ruthie Garland était entrée vers midi dans la chambre de sa nièce ; elle l'avait surprise à regarder pensivement par la fenêtre, assise sur son lit dans une attitude de mélancolie totale après l'affaire non élucidée du glissement de terrain au Nicaragua.
« Je viens d'avoir la secrétaire de Mr Rebbenkohl au téléphone, Maggie.
La jeune femme tourna vivement la tête dans sa direction.
_Oui...?
Ruthie fronça les sourcils :
_Ne t'emballe pas. Il semble qu'il t'ait pardonné tes frasques de la dernière réunion. En réalité, il y a une commission dont il aimerait que tu te charges ; à ta place je ne me défilerais pas, Maggie.
_Oh...bon. De quoi s'agit-il ? »
Elle avait eu l'air déçue en apprenant le motif de la conversation téléphonique, mais semblait faire contre mauvaise fortune, bon cœur et Ruthie en conclut - à tort - qu'elle s'en voulait pour son comportement et tenait réellement à faire amende honorable.
« C'est une sorte de... transaction, un objet à livrer en fait. Un coursier l'a apporté ce matin, je te le donnerai tout à l'heure. Une fois encore, je ne saurais trop te conseiller de prendre ce travail au sérieux...
_...je sais, Tante Ruthie, je sais ; il pourrait bloquer mes dividendes, et je n'aurais pas de recours légal parce que la loi n'a rien à voir avec les activités concernant le commerce du café blanc ; alors...
_Il suffit, Maggie. Il m'a aussi fait remettre un billet avec toutes les instructions nécessaires ; il vaut mieux que tu en prennes connaissance seule. Après tout cela ne me regarde pas vraiment.
_Ce n'est, évidemment, pas légal non plus ? J'aurais dû m'en douter... »
« Ah, et puis...il y avait une lettre pour toi au courrier de ce matin, ajouta Ruth un peu plus tard en donnant à sa nièce le paquet livré dans la matinée ; la voici ». Maggie prit la lettre et la déposa sur la table de chevet ; pour tout dire elle ne l'intéressait pas vraiment. Ce travail à accomplir pour le compte de Mr Rebbenkohl lui pesait déjà, et le paquet muni de son billet d'instructions la préoccupaient beaucoup plus pour l'instant. Elle ouvrit d'abord la boîte empaquetée dans du papier brun ; il contenait un collier de perles assez volumineux, à l'éclat inhabituel - mais à coup sûr, rien d'habituel ne pouvait venir de chez ce vieil original. Elle le contempla un moment, puis se le mit au cou pour s'admirer dans la glace et conclut qu'il n'était pas trop mal, en fin de compte, quoiqu'un peu voyant. « Que vais-je donc devoir faire de ça ? », pensa-t-elle ; un instant, elle se demanda si Rebbenkohl n'avait pas pour dessein de la courtiser. Cette idée, pour aussi déplaisante qu'elle lui fût, la fit sourire, et elle décacheta avec une soudaine et fébrile curiosité le fameux billet...
Au fil de sa progression parmi les mots griffonnés sur le papier, Maggie sentait la tension retomber et sa mine s'allonger de nouveau. Elle s'était complètement trompée : le collier ne lui était pas le moins du monde destiné. En revanche, les lignes suivantes lui firent ouvrir des yeux ronds comme des billes tant la surprise, à défaut d'être amère, était de taille : les perles qui composaient ce collier n'étaient pas des vraies, ni mêmes des imitations - du moins au sens classiques du terme. Il s'agissait en réalité de petites capsules ovoïdes contenant...
« Quoi ?! »
Maggie dut relire trois fois le nom de la substance citée dans le billet. Ainsi...il osait ! Cet infâme vieillard pratiquement sénile - il devait avoir la cinquantaine passée - n'hésitait pas à la compromettre dans ses trafics répugnants... Elle déglutit péniblement, les yeux brillants d'humiliation et de rage ; puis elle froissa le billet et le jeta avec colère dans un recoin de la pièce. Elle fulminait ; ah, comme punition, c'était réussi ! Auparavant, elle s'était toujours moquée des moyens par lesquels on finançait le commerce du café blanc ; en tout cas tant qu'on ne lui demandait pas de se salir les mains. Mais là...se voir rabaissée au niveau d'un simple convoyeur, d'une...mule !
« Le vieux salaud...», cracha-t-elle encore. Elle devait également appeler un certain numéro pour arranger l'entrevue, et se débrouiller pour choisir un lieu de rendez-vous ; mais elle ne se sentait pas vraiment d'humeur à y réfléchir dans l'instant. Aussi prit-elle machinalement l'autre lettre apportée par sa tante Ruthie ; elle la décacheta et parcourut le message qui y était glissé. Il se présentait sous la forme d'un petit carton, dont la lecture lui fit hausser les sourcils. « Tiens, murmura-t-elle, une invitation ; je ne connais pourtant pas de Mr Attorius Kay... »
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