UN FOND DE CAFé FROID... (2ème partie)
Maggie regarda sa tante avec horreur, les mots de celle-ci résonnant désagréablement dans sa tête au réveil comme le sinistre glas de ses dernières illusions :
« Quoi ?
Elle avait failli en renverser son bol de café, blanc bien entendu, sur les tartines qu'elle venait de couper et qu'elle s'apprêtait à présent à beurrer - légèrement. Elle posa le couteau sur le beurrier et respira profondément plusieurs fois. Ruth la fixa droit dans les yeux, froidement.
_Tu as très bien compris. S'ils se croient en sécurité chez nous, quoi de mieux pour leur tendre une embuscade ? Ne fais pas l'innocente, tu sais très bien que nous avons déjà plusieurs fois tâché d'éliminer Dan Hunter...
La jeune femme commençait à respirer difficilement ; elle se fit cependant violence pour quitter définitivement le monde des rêves et faire face à sa tante, pour ajouter :
_C'est vrai, mais Horowitz... Pourquoi le tuer ? Il ne tentera plus rien contre nous une fois son ami disparu. Et puis...un meurtre chez nous, c'est suffisant, non ?
_Il doit mourir aussi ; depuis ce qui s'est passé au Nicaragua, nos associés - et fournisseurs de café, accessoirement - en ont sérieusement après lui. En fait, il y a une sorte de contrat sur leur tête à présent. »
La tante Ruthie posa son menton sur se deux mains jointes et observa sa nièce. Elle avait eu un réveil particulièrement calme, et ses idées étaient claires ; de plus, elle avait longuement ruminé le sujet la veille au soir, pendant que Maggie dormait paisiblement en rêvant à ses nouveaux projets et, sans nul doute, à celui qui les portait sur ses frêles épaules.
« Maggie, dit-elle, j'ignore ce que tu trouves au ridicule personnage qu'est ce Gerald Horowitz, mais il faut bien te rendre compte que, de toute façon, il est trop tard : tu ne peux pas le protéger. Il s'est mis lui-même dans une position impossible dès l'instant où il tirait de l'eau ce pauvre inconscient de détective, et depuis il ne cesse de le soutenir dans ses activités notoirement nocives à notre petit commerce. S'il avait un rien de bon sens, il aurait déjà choisi de changer de camp ; ce n'est pas le cas. Il faut donc qu'il disparaisse, lui aussi. »
La jeune fille arborait à présent un air boudeur, elle ne répondit pas. Dans sa tête, les choses se bousculaient et se heurtaient encore : sentiments, envies et raisonnements fugaces dans un effroyable embrouillamini tournaient comme la mousse dans la baignoire quand on vient d'ôter le bouchon et que l'eau du bain s'évacue dans un tourbillon. Pourquoi fallait-il toujours faire des choix si difficiles ? Ne pouvait-on suivre ses inclinations naturelles, de temps en temps, sans aller à l'encontre de ses intérêts ? Soudain, comme elle finissait son bol de Café Blanc du Nicaragua, tout parut se concentrer en un point unique et central, une conclusion qu'elle ne pouvait plus refuser d'admettre et qui serait dès à présent son seul fil conducteur. C'était tout à coup très simple, il n'y avait plus à tergiverser... Elle se leva, très raide, lava rapidement son bol dans l'évier et l'essuya calmement. Son cœur se serrait lentement, devenait - semblait-il - de plus en plus dur et insensible. Certes, la décision était difficile ; mais, comme l'avait dit sa tante, il était trop tard. Elle était profondément triste d'en arriver là, mais puisqu'il n'y avait plus moyen de faire autrement... Elle prit à nouveau une profonde inspiration et se retourna enfin :
« C'est bien, Tante Ruthie, lança-t-elle; puisqu'il n'y a pas d'autre solution, nous ferons comme tu dis ».
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