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A Polar Experience

Dream By Gatrasz Incorporated.

Episode 40 - [Chapitre 10] | 04 juin 2008

CAFé BLANC : EFFETS SECONDAIRES... (4ème partie)

Une silhouette se découpa dans l'embrasure de la porte quand Horowitz eut frappé ; Jack reconnut la vieille femme revêche à la coiffure stricte de ses cheveux gris. Il l'avait reçue chez lui, dans son salon, quelques jours plus tôt, avec la proposition d'un certain contrat... Il ajusta la lunette de son fusil ; dans le viseur dansaient les têtes de l'homme et la femme qui discutaient âprement sur le seuil. Où était donc Hunter ? Il vit enfin celui-ci s'approcher, méfiant, et l'index ganté de Jack-Erreur caressa doucement la gâchette. Cette fois, il avait mis les moyens pour ne pas rater son coup, son fusil à lunette parfaitement entretenu ne risquait pas de lui jouer un mauvais tour. Le moment approchait, il allait devoir prendre d'une seconde à l'autre la décision fatidique. Accomplir ce pour quoi on le payait, gagner ainsi une somme raisonnable ; pas le Pérou, certes, mais plus qu'il n'aurait pu espérer en faisant un boulot honnête. Il épaula son arme, retenant son souffle ; les trois personnes dans sa ligne de mire échangeaient des propos à voix basse en regardant prudemment autour d'elles. Quand il vit Hunter glisser vers l'entrée obscure du magasin, son sang ne fit qu'un tour, il visa avec soin quoique avec précipitation, pressa la détente et fit feu...
***

Quand je revins à moi, quelques minutes plus tard, j'avais le dos appuyé contre une pile de vêtements arrachés aux rayonnages du magasin des Demoiselles Garland ; Hunter, un vieux polo tâché de sang à la main, tâchait d'éponger une blessure au-dessus de mon œil droit. Mon manteau était lourd et poisseux de ce côté-là, aussi.

« Que s'est-il passé ?
_Un éclat de brique vous a atteint à la tempe ; mais je crois que vous vous en remettrez. Vous n'avez pas l'air d'un moribond, mon vieux...
»

Je me souvins alors d'avoir reçu un choc avant de tomber ; et je regardai vers la porte. La première chose que je reconnus fut Maggie, accroupie et le dos apparemment secoué de sanglots : près d'elle, en travers de la porte d'entrée, un corps gisait. C'était celui de Ruth Garland ; sa tête était entourée d'une vaste flaque sombre, qui semblait ne jamais vouloir cesser de s'étendre...
***

Courant dans la nuit de toute la vitesse de ses jambes, Jack s'éloignait, hagard ; il n'aurait pas été capable de dire s'il avait sciemment visé et abattu la vieille Ruth Garland, ou si voulant atteindre Hunter ou son comparse il avait raté lamentablement sa cible. Cette question, songea-t-il, il y répondrait plus tard ; de toute façon, rien n'était perdu. Bondissant sur les toits, tenant son fusil au-dessus de sa tête, il n'avait à présent plus qu'une idée : mette le plus de distance possible entre lui et le lieu de son crime...

Il arborait une physionomie incertaine quand on frappa à sa porte, le surlendemain soir ; il vit sans réelle surprise se profiler devant lui la silhouette féminine voilée qui était précédemment venue lui rendre visite.

« Bon...bonsoir, murmura-t-il, confus et balbutiant. Il ne sut pas quoi ajouter d'autre. La dame entra dans l'appartement ; mais elle déclina sa proposition de prendre place au salon.

_Je suis plutôt pressée, dit-elle ; je suis juste venue vous régler votre dû.
_Je vous en prie...
_Sachez,
dit-elle en lui tendant une liasse de billets, que je vous suis reconnaissante d'avoir choisi d'honorer NOTRE contrat. Je n'ignore pas que votre...victime vous payait pour une autre besogne, et il m'est agréable de constater que j'ai su me montrer plus...convaincante ».

Disant cela, elle lui tendait une seconde liasse ; on pouvait déceler dans sa voix, pourtant étouffée par les voiles, la marque d'une satisfaction intense. Jack-Erreur accepta en bredouillant, puis il raccompagna sa visiteuse qui déjà s'en allait d'un pas rapide. Une fois seul, il s'adossa à la porte et poussa un long, un très, très long soupir...

Ce qu'il n'avait pas osé dire à cette dame, c'est que l'autre, sa victime, la vieille femme aux cheveux gris, lui avait proposé bien plus pour le double meurtre d'Hunter et Horowitz ; en fait il aurait pu insister, s'en servir pour réclamer une rallonge significative. Mais c'aurait été se trahir : il aurait dû avouer par là-même qu'il s'était encore trompé, qu'il avait choisi l'autre contrat mais que ses balles, elles, en avaient décidé autrement. Et ça...non, en vérité, il n'avait pu s'y résoudre.


Publié par Experiment.Gat à 10:54:55 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

L' Auteur

C'est moi!

Ceci est une expérience, une petite tentative de polar en épisodes pas sérieux du tout (juste un peu), parfois onirique, parfois improvisé... A forte teneur en caféine, comme de bien entendu :)

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