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A Polar Experience

Dream By Gatrasz Incorporated.

Episode 43 - [Chapitre 11] | 16 juin 2008

DERNIèRES GOUTTES... (3ème partie)

Attablés au plus proche restaurant, nous échangions des regards muets ; puis la serveuse nous apporta quatre cafés et une tarte - apparemment, ces messieurs de la police avaient faim. Je remarquai incidemment que personne n'avait commandé de ce fameux Café Blanc du Nicaragua... Enfin, reposant son quartier de tarte, l'Inspecteur Bloome s'essuya la bouche avec sa serviette et déclara :

« Puisque me voilà au parfum en ce qui concerne votre enquête sur le commerce du café blanc, il me paraît nécessaire à ce stade de vous dire ce que moi-même je sais et qui, je crois, ne saurait manquer de vous intéresser.

Hunter et moi échangeâmes un coup d'œil, ouvrant des oreilles attentives à l'aspect plutôt imprévu de la situation.

_Nous enquêtons sur cette affaire depuis un certain temps ; il ne vous aura pas échappé que les milieux incriminés sont plutôt difficiles à...noyauter. Mais nous avons nos agents et nos contacts, suffisamment bien placés pour glaner un certain nombre de renseignements. En l'occurrence, nous avons pu identifier une sorte de cercle d'initiés qui dominerait ce commerce à l'échelle de la ville : une espèce de conseil d'administration composé des principaux actionnaires, lesquels se partagent évidemment les bénéfices de ce commerce en toute illégalité...

Il s'arrêta pour boire une nouvelle gorgée de son café noir. Dan Hunter en profita pour intervenir :

_C'est gentil à vous de partager vos informations, Inspecteur ; mais en quoi cela nous concerne-t-il ? Dois-je comprendre que vous avez besoin de notre aide pour identifier ces gens ?
_Oh, non,
répondit Bloome en engloutissant une nouvelle bouchée de sa part de tarte ; c'est déjà fait. Nous savons qui sont les membres de cette petite association ; et, en fait, il s'avère vous en connaissez aussi. C'est de cela que je voulais vous parler.

Il se cala contre le dossier de sa chaise, profitant en connaisseur de l'effet de surprise ménagé par sa tirade ; mon ami et moi nous étions de nouveau consultés du regard, les sourcils froncés. Je sentis une boule se former dans mon estomac ; cette annonce respirait à plein museau la catastrophe, même un enrhumé chronique l'eût infailliblement senti.

_Le cerveau de la bande est un riche industriel à la retraite ; un excentrique, qui a utilisé ses fonds propres pour mettre en place un trafic structuré et étendu sur toute la ville. Les autres occupent divers échelons de l'échelle sociale : il y a par exemple un patron de restaurant asiatique, un avocat, une barmaid, des petits rentiers ou des commerçants...j'en oublie sans doute. Parmi eux, il en est deux que vous avez connues et même fréquentées de près...
_...pardon ?
, dis-je, de plus en plus mal à l'aise et pressé d'en finir ; c'est extraordinaire ! Et, peut-on savoir... ?
_Bien sûr ! Ils s'agit des demoiselles Garland...
»

J'en eus le souffle coupé. Ruthie ! Maggie... L'inspecteur terminait tranquillement sa portion de tarte aux abricots. Inutile de lui demander si le fait était bien certain ; il avait l'air tout à fait sûr de lui. A côté de moi, Hunter s'étrangla soudain en réalisant tout ce qu'impliquait ces révélations. Cela expliquait tellement de choses ! L'étrange assassinat de son contact dans un restaurant chinois, l'évacuation du premier repaire des scientifiques au Nicaragua... Pourtant mon abattement, lié au choc, fit rapidement place à une vive indignation :

«Je ne peux pas croire à l'implication de Maggie Garland dans cette histoire ! Elle est beaucoup trop...
_Jolie ?
proposa Bloome avec un sourire moqueur.
_Jeune, bredouillai-je, le rouge aux joues. Pour sa tante, je ne dis pas...
_Pourquoi ne pas les avoir arrêtées, si vous saviez ?


Dan avait l'air soupçonneux tout à coup.

_Nous avons tenté une approche en ce sens, répondit l'inspecteur d'un ton acide en regardant de biais son collègue ; malheureusement, l'opération a échoué. Je vous passe les détails...»

Kay, qui affichait jusque là une indifférence totale, se recroquevilla sous le poids du sous-entendu, le regard fuyant ; l'antipathie que j'avais conçue d'instinct à son égard connut à cet instant un inexplicable regain d'intensité...


Publié par Experiment.Gat à 14:57:32 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 42 - [Chapitre 11] | 11 juin 2008

DERNIèRES GOUTTES... (2ème partie)

Quand tout le monde eût quitté le cimetière à la suite de Maggie Garland, à l'exception des employés toujours occupés à la fermeture de la tombe, Hunter se pencha et ramassa l'objet qu'avait jeté la jeune femme. C'était une feuille de papier roulée en boule ; il la déplia, et émit un petit sifflement.

« Mazette, dit-il en me tendant la feuille, c'est pour vous... »

Je pris le message, en fait une enveloppe cachetée et froissée ; mais je l'enfouis dans ma poche comme apparaissaient en face de nous, surgissant de derrière un obscur mausolée de granit, deux des individus aperçus pendant la cérémonie. Deux oiseaux noirs d'augure sinistre, aux chapeaux ruisselants sur leurs ailes imperméables... Ils nous regardèrent sous le nez pendant un moment ; j'avais l'impression qu'ils cherchaient à se rappeler, vainement, la dernière fois qu'ils nous avaient vus. Pour ma part, c'était la première, et je n'étais pas sûr de savoir si je devais m'en réjouir...

« Messieurs, dit le plus petit qui s'était avancé, je suis l'Inspecteur Bloome et voici Mr Kay - il désignait l'autre type derrière lui, un individu maussade qui semblait décidé à ne pas prendre part à la discussion. Excusez-moi, reprit-il, mais...nous nous connaissons, n'est-ce pas ?
_Je n'ai pas cet honneur
, maugréai-je, sans aménité superflue.
_Je m'appelle Hunter, répondit mon compère après un regard en coin à mon intention ; et ce monsieur est un ami. Je suis détective privé, il se peut que nos activités se soient croisées quelquefois...

Ce disant, il présentait une attestation à l'inspecteur, qui ne lui accorda qu'un coup d'œil distrait avant de continuer :

_Je vois. Et vous êtes venus ici...pour une affaire ?
_Pas du tout ; notre présence à cet enterrement était d'ordre strictement privé.


Le policier ouvrit des yeux ronds ; quant à son compagnon, il semblait suprêmement s'ennuyer avec nous et sautillait sur place pour se réchauffer en regardant vers la grille du cimetière, là où Maggie venait d'ailleurs de disparaître.

_...d'ordre privé ?! Vous connaissiez cette dame ?
_C'est...c'était ma logeuse.
_Oh... Et cette histoire de cambriolage, vous y croyez ? J'avoue que tout cela me laisse un peu perplexe. Peut-être pourriez-vous éclairer un peu ma lanterne...
»

Tandis qu'Hunter lui répondait franchement - après tout, nous n'avions rien à cacher - je m'éloignai les mains dans les poches, marchant à grands pas pensifs sur le funèbre gravier de l'allée du cimetière. Pas trace d'assassin à l'horizon ; peut-être ne nous avait-il pas vus. Ou bien... J'en venais à me demander si, en fin de compte, la mort de Ruth Garland n'était pas destinée à nous servir d'avertissement. C'était cruel, certes ; mais de la part de ces forbans je savais à présent par expérience qu'il fallait s'attendre à tout. Mon Dieu, pensai-je, faîtes qu'ils n'aillent pas s'en prendre à Maggie !

Pétri de craintes et les larmes au bord des yeux, je m'étais arrêté au bord de la tombe, que les ouvriers avaient rapidement fini de recouvrir de terre pour aller s'abriter. Tout à coup, comme retombant sur Terre, je reconnus à mes côtés la présence d'Hunter.

« Venez, mon ami, murmura-t-il en posant sa main sur mon épaule ; je crois que ces messieurs ont quelque chose à nous dire ».

Je le regardai sans comprendre ; derrière nous, les deux hommes en complet sombre attendaient, plantés comme des piquets sur l'allée de gravier, les mains dans les poches. Je sentis comme un obscur, un horrible pressentiment m'envahir à cette vue. La foudre tombant dans mon dos sur la tombe de Mrs Garland ne m'aurait pas tellement surpris alors ; mais l'orage s'était arrêté. Dan Hunter m'entraîna vers la sortie du cimetière. Les flics s'écartèrent pour nous livrer passage, puis nous suivirent à l'extérieur dans un silence de mort qui, pour le coup, n'avait vraiment plus rien à voir avec le respect dû à l'éternel repos des gisants...


Publié par Experiment.Gat à 17:02:42 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 41 - [Chapitre 11] | 06 juin 2008

DERNIèRES GOUTTES... (1ère partie)

Les funérailles de notre ancienne logeuse - malheureuse victime prétendue d'un banal cambriolage - eurent lieu dans les jours qui suivirent, très tristement et surtout sous la pluie. Nous nous étions promis d'y assister ; je désirais faire mon possible pour soutenir Maggie Garland dans l'épreuve, même si nous n'habitions plus, par sécurité, chez elle. D'une certaine façon, pensais-je, c'était un peu notre faute si sa tante avait fait les frais d'un assassinat, sans doute manqué en ce qui nous concernait mais injustement tragique pour ces demoiselles qui avaient bien voulu nous accueillir malgré le caractère remuant de nos activités - et sans en connaître les réels dangers.

Nous avions élu domicile, Hunter et moi, dans un petit appartement sous les toits, à quelques pâtés de maison de chez moi ; je l'avais dégotté par l'intermédiaire de Margharita, la vendeuse de hot-dogs - c'était apparemment le logement de son frère ; mais celui-ci était retourné au Chili peu de temps auparavant. Je demandai à la jeune latino-américaine ce qu'il faisait là-bas, au beau milieu d'une révolution qui faisait rage depuis le fameux jour où j'avais rencontré Dan Hunter. Elle me répondit fièrement :

« C'est un guérillero ! Mon frère fait partie des glorieux révolutionnaires qui libèreront notre pays du joug de la tyrannie... »

Je n'osai pas m'engager plus loin sur ce sujet scabreux ; après tout, nous disposions d'une planque que, sûrement, nos ennemis ne trouveraient pas. Le reste importait peu, c'est du moins ce qu'Hunter me souffla à l'oreille, comme je restais bouche bée après la déclaration hardie de la jeune Chilienne. Nous y avions donc installé nos pénates, restant terrés quelques jours, quasiment coupés de tout. Je voulais garder le contact avec Maggie, lui téléphoner ; mais mon ami désirait à tout prix éviter de l'impliquer encore et il m'en dissuada. Nous irions assister à l'enterrement, à la rigueur, mais nous nous ferions aussi discrets que possible. Margharita nous apportait quotidiennement les journaux du soir ; c'est ainsi que nous sûmes la date.

Nous étions donc debout sous la pluie, entre un caveau de famille sinistre et une grande croix de bois noir sur lesquels ruisselait la pluie. Passant devant nous en tête du cortège funèbre - composé essentiellement des petites vieilles du quartier - Maggie Garland nous avait gratifiés d'un léger signe de tête ; et j'avais distingué dans ses yeux une lueur de reconnaissance pour notre présence en ce moment difficile. Je la regardais de loin, contrit, de plus en plus conscient de notre responsabilité dans le drame qui la frappait. Quand Hunter me poussa du coude, je le gratifiai d'un regard sombre ; il me montra plusieurs autres silhouettes noires qui comme nous assistaient à la scène, de loin.

« Croyez-vous qu'ils nous observent ? demandai-je à voix basse.
_Ça m'étonnerait ; aucun ne regarde dans notre direction, et ça fait un moment que je les surveille. Allez savoir pourquoi je m'attendais à identifier notre ami Jack ; quelque chose me dit que c'est lui qui a fait le coup, mais pour l'instant je ne le vois pas...
_Ce sont peut-être des flics,
dis-je. Ils pourraient bien s'interroger sur les circonstances de la mort de votre logeuse.
_C'est possible. En tout cas, il faudra rester sur nos gardes en quittant le cimetière
».

Je concentrai de nouveau mon attention sur la jeune femme vêtue de noir qui courbait à présent la tête, laissant Dan Hunter à ses soupçons. Je n'étais pas loin de le traiter intérieurement d'insensible... Le prêtre fit un bref signe de croix - Mrs Garland était catholique - et fit un geste à l'intention de Maggie ; celle-ci jeta de sa main gantée une poignée de sable sur le cercueil de sa tante, et les deux employés du cimetière commencèrent à pelleter la glaise humide tandis qu'elle se détournait. Comme j'aurais voulu être près d'elle à cet instant... Dan, devinant sans doute mon sentiment, me retint doucement par le bras ; et la jeune femme passa lentement devant nous. Au dernier moment elle parut hésiter, mais ne s'arrêta pas ; elle fit cependant tomber quelque chose à nos pieds et agita rapidement la main avant de s'éloigner, seule, toujours élégante, drapée dans son grand manteau de pluie.


Publié par Experiment.Gat à 16:05:35 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 40 - [Chapitre 10] | 04 juin 2008

CAFé BLANC : EFFETS SECONDAIRES... (4ème partie)

Une silhouette se découpa dans l'embrasure de la porte quand Horowitz eut frappé ; Jack reconnut la vieille femme revêche à la coiffure stricte de ses cheveux gris. Il l'avait reçue chez lui, dans son salon, quelques jours plus tôt, avec la proposition d'un certain contrat... Il ajusta la lunette de son fusil ; dans le viseur dansaient les têtes de l'homme et la femme qui discutaient âprement sur le seuil. Où était donc Hunter ? Il vit enfin celui-ci s'approcher, méfiant, et l'index ganté de Jack-Erreur caressa doucement la gâchette. Cette fois, il avait mis les moyens pour ne pas rater son coup, son fusil à lunette parfaitement entretenu ne risquait pas de lui jouer un mauvais tour. Le moment approchait, il allait devoir prendre d'une seconde à l'autre la décision fatidique. Accomplir ce pour quoi on le payait, gagner ainsi une somme raisonnable ; pas le Pérou, certes, mais plus qu'il n'aurait pu espérer en faisant un boulot honnête. Il épaula son arme, retenant son souffle ; les trois personnes dans sa ligne de mire échangeaient des propos à voix basse en regardant prudemment autour d'elles. Quand il vit Hunter glisser vers l'entrée obscure du magasin, son sang ne fit qu'un tour, il visa avec soin quoique avec précipitation, pressa la détente et fit feu...
***

Quand je revins à moi, quelques minutes plus tard, j'avais le dos appuyé contre une pile de vêtements arrachés aux rayonnages du magasin des Demoiselles Garland ; Hunter, un vieux polo tâché de sang à la main, tâchait d'éponger une blessure au-dessus de mon œil droit. Mon manteau était lourd et poisseux de ce côté-là, aussi.

« Que s'est-il passé ?
_Un éclat de brique vous a atteint à la tempe ; mais je crois que vous vous en remettrez. Vous n'avez pas l'air d'un moribond, mon vieux...
»

Je me souvins alors d'avoir reçu un choc avant de tomber ; et je regardai vers la porte. La première chose que je reconnus fut Maggie, accroupie et le dos apparemment secoué de sanglots : près d'elle, en travers de la porte d'entrée, un corps gisait. C'était celui de Ruth Garland ; sa tête était entourée d'une vaste flaque sombre, qui semblait ne jamais vouloir cesser de s'étendre...
***

Courant dans la nuit de toute la vitesse de ses jambes, Jack s'éloignait, hagard ; il n'aurait pas été capable de dire s'il avait sciemment visé et abattu la vieille Ruth Garland, ou si voulant atteindre Hunter ou son comparse il avait raté lamentablement sa cible. Cette question, songea-t-il, il y répondrait plus tard ; de toute façon, rien n'était perdu. Bondissant sur les toits, tenant son fusil au-dessus de sa tête, il n'avait à présent plus qu'une idée : mette le plus de distance possible entre lui et le lieu de son crime...

Il arborait une physionomie incertaine quand on frappa à sa porte, le surlendemain soir ; il vit sans réelle surprise se profiler devant lui la silhouette féminine voilée qui était précédemment venue lui rendre visite.

« Bon...bonsoir, murmura-t-il, confus et balbutiant. Il ne sut pas quoi ajouter d'autre. La dame entra dans l'appartement ; mais elle déclina sa proposition de prendre place au salon.

_Je suis plutôt pressée, dit-elle ; je suis juste venue vous régler votre dû.
_Je vous en prie...
_Sachez,
dit-elle en lui tendant une liasse de billets, que je vous suis reconnaissante d'avoir choisi d'honorer NOTRE contrat. Je n'ignore pas que votre...victime vous payait pour une autre besogne, et il m'est agréable de constater que j'ai su me montrer plus...convaincante ».

Disant cela, elle lui tendait une seconde liasse ; on pouvait déceler dans sa voix, pourtant étouffée par les voiles, la marque d'une satisfaction intense. Jack-Erreur accepta en bredouillant, puis il raccompagna sa visiteuse qui déjà s'en allait d'un pas rapide. Une fois seul, il s'adossa à la porte et poussa un long, un très, très long soupir...

Ce qu'il n'avait pas osé dire à cette dame, c'est que l'autre, sa victime, la vieille femme aux cheveux gris, lui avait proposé bien plus pour le double meurtre d'Hunter et Horowitz ; en fait il aurait pu insister, s'en servir pour réclamer une rallonge significative. Mais c'aurait été se trahir : il aurait dû avouer par là-même qu'il s'était encore trompé, qu'il avait choisi l'autre contrat mais que ses balles, elles, en avaient décidé autrement. Et ça...non, en vérité, il n'avait pu s'y résoudre.


Publié par Experiment.Gat à 10:54:55 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 39 - [Chapitre 10] | 02 juin 2008

CAFé BLANC : EFFETS SECONDAIRES... (3ème partie)

L'arrière du camion, une fois débarrassé de la bâche carbonisée, s'avéra contenir des caisses de...de Café Blanc du Nicaragua. Rien que du café blanc ; et nous n'avions pas d'autres vivres. Je proposai d'en acheter au prochain village, d'en échanger contre du café. Mais Hunter s'y refusa : nous devions fuir au plus vite cette maudite jungle. Je ne répondis rien et le laissai conduire ; les prochains jours s'annonçaient joyeux...

Nous quittâmes le pays dans la précipitation ; il y eut plusieurs alertes chaudes, mais nous pûmes embarquer à la dernière minute sur un cargo en partance pour la côte Est des Etats Unis. La traversée se déroula sans encombres ; mais Hunter regardait les marins de travers, et je me surpris souvent à en faire autant... Sa nonchalance et son horrible insouciance semblaient réellement très affectées par les angoisses de notre seconde capture, et à notre fuite mouvementée ensuite. J'avais pris le parti de mettre sa nervosité nouvelle sur le compte de la grande quantité de Café Blanc du Nicaragua que nous avions absorbé, quand nous n'avions que cela pour survivre dans la jungle nicaraguayenne ; cependant, je me demandais secrètement combien de temps son organisme mettrait pour éliminer les derniers résidus de caféine. En arrivant en ville, j'avais naturellement suggéré de retourner chez les Demoiselles Garland, chez qui jamais nous n'avions été inquiétés. Il avait encore rechigné ; mais comme il n'avait pas d'autre planque, mon ami convint que nous n'avions pas d'autre solution. Par sécurité tout de même il proposa que nous attendions la nuit...

Une petite lampe s'alluma finalement dans le fond ; et le bruit de pas traînant d'une personne marchant avec des pantoufles me parvint. Il y eut un silence, une lumière vacillante au travers de la porte en verre dépoli ; puis plusieurs claquements de verrous, et le battant s'entrouvrit sur le visage austère de Mrs Ruth Garland. L'éclairage d'un néon proche me révélait en plein, ne laissant aucun doute possible sur mon identité.

« Que venez-vous faire ici ? lança-t-elle d'un ton rude ; j'aurais de loin préféré être accueilli par Maggie. Un instant je me vis dans la peau d'un détenu qui vient d'interpeler un maton, au beau milieu de la nuit. Je bafouillai :
_Je...nous aimerions, si vous le voulez bien, récupérer la chambre que...
_Où est Daniel Hunter ?
m'interrompit-elle, examinant la rue par-dessus mon épaule d'un œil inquisiteur, presque rapace.
_Il est en bas, dis-je ; et je fis signe à mon ami de monter nous rejoindre.
_C'est bon, vous pouvez entrer, murmura la vieille en hochant la tête ; mais je notai qu'elle n'avait pas l'air tranquille. Inquiet, je me retournai pour darder sur la rue un regard suspicieux. Rien. Il n'y avait rien, personne en vue et pas le moindre bruit suspect. Hunter s'effaça et entra dans la boutique. Je l'y suivis ; mais au moment où je quittais la lumière crue du néon qui clignotait dans la rue, un coup de feu, très proche, se fit entendre. Je sentis une vive douleur à la tête, quelque chose de lourd me heurta sur le côté droit, et je m'effondrai sans connaissance sur le linoléum usé du magasin...
***

Jack-Erreur s'était installé entre deux cheminées de briques qui saillaient du toit, en face de la fameuse boutique de vêtements. Le lieu de sa planque était clairement défini, il ne pouvait pas se tromper ; de fait, il sourit en voyant, dans la lumière des néons grésillants, deux silhouettes avancer en longeant les murs : Hunter et Horowitz ! Il les connaissait, il les avait déjà observés comme cela, d'en haut, quelques semaines auparavant dans le grand hall de la gare. Cette fois-ci, ils se déplaçaient comme deux chats de gouttière, silencieusement, aux aguets ; mais ils ne pouvaient pas le voir, à moins d'un coup de chance - ou de malchance, c'est selon. D'ailleurs, ils ne regardèrent pas une seule fois dans sa direction, et Jack esquissa dans l'obscurité un sourire que la clarté de la lune rendit presque démoniaque. On eût dit un horrible clown se découpant sur le ciel, le visage maquillé de blanc et habillé comme Humphrey Bogart...


Publié par Experiment.Gat à 11:37:43 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

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L' Auteur

C'est moi!

Ceci est une expérience, une petite tentative de polar en épisodes pas sérieux du tout (juste un peu), parfois onirique, parfois improvisé... A forte teneur en caféine, comme de bien entendu :)

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