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A Polar Experience

Dream By Gatrasz Incorporated.

Episode 33 - [Chapitre 9] | 25 mars 2008

LE FOND DU CAFé FROID... (1ère partie)

Allongée dans sa chambre, les yeux fixés sur le plafond, Maggie Garland ne savait que penser. Le message téléphonique reçu dans l'après-midi pour sa tante la laissait perplexe, et pour cause : on lui annonçait l'évasion, au cours d'une abominable catastrophe, de Dan Hunter et de...Gérald Horowitz ! Elle avait été bien près d'oublier les chiffres des pertes en café blanc, des retards de livraison occasionnés et des réductions de bénéfices conséquentes qu'on lui annonçait ; ainsi, le bizarre compagnon d'Hunter était toujours en vie...ou était-ce une erreur ? Non, sans doute avait-il été pris plus tard ; peut-être aussi était-il responsable des évènements qui avaient permis la fuite des deux hommes. Ça n'aurait pas autrement étonné Maggie ; non qu'elle eût une confiance démesurée dans les capacités de l'ami de leur locataire, mais depuis son arrivée les entreprises du détective jusque là sans avenir semblaient plus ou moins couronnées de succès. Il existait une théorie que Maggie avait aperçue dans un magazine, selon laquelle certaines personnes portaient la poisse - ou la chance - à leur entourage, avec un taux de certitude suffisamment appréciable pour que les patrons de casinos par exemple en emploient. Et si Horowitz était un de ceux-là ? Elle aurait bien aimé le savoir... Un tel personnage dans son jeu pourrait lui assurer des profits substantiels ; et si l'effet, de surcroît, était double ? Oui, rêvait-elle tout haut, s'il accroissait la bonne fortune de son propre camp, il était logique que celle du camp adverse en fût diminuée d'autant. C'était une question...d'équilibre cosmique, assurément, il ne pouvait en être autrement. Il était donc indispensable - et urgent - qu'elle convainque Horowitz de passer de son côté...

Bien entendu, songeait-elle, à présent qu'ils s'étaient évadés ils ne pouvaient manquer de revenir. Rien, à priori, ne permettait aux deux hommes de faire un lien quelconque entre les demoiselles Garland et le commerce du Café Blanc du Nicaragua ; dans ces conditions ils ne négligeraient vraisemblablement pas un abri qu'ils avaient toujours cru sûr. Ils se feraient sans nul doute discrets un certain temps pour qu'on les oublie, et puis ils reprendraient leurs irritantes recherches. D'ici là, se disait Maggie, il serait facile de les voir assez souvent pour atteindre Gérald Horowitz et entrer dans ses bonnes grâces. La jeune femme n'imaginait pas que cela pût poser un problème ; après tout, son charme indubitable avait parfaitement opéré sur la personne du malheureux Attorius Kay, et puis cette fois l'homme qui l'intéressait semblait déjà manifester un certain intérêt pour elle. Maggie avait pu s'en rendre compte à de nombreuses reprise - il lui avait même téléphoné depuis Managua. Qu'elle-même se soit sentie vaguement attirée par lui dès le début ne pouvait, à son avis, que l'aider dans son entreprise...

« Bonjour Maggie, annonça sa tante Ruthie, le lendemain matin au petit déjeuner ; tu sais, j'ai longuement réfléchi à cette affaire ; et je crois que je vais appeler Mr Rebbenkohl pour lui parler de ce qui m'est venu à l'esprit.
_Oui ?
interrogea Maggie en fronçant le sourcil.
_Si Hunter et son ami reviennent ici, il ne faudra pas laisser passer l'occasion. Tu vois ce que je veux dire ?

La jeune femme avala péniblement sa salive. Elle voyait venir à grands pas la catastrophe ; mais elle ne pouvait raisonnablement envisager de mettre sa tante au courant de ses propres projets. Elle préféra ouvrir de grands yeux, et attendre les explications qui à coup sûr arrivaient.

_Il faut en tirer des informations, reprit la tante Ruthie ; nous les espionnerons. Tu n'auras qu'à fouiller discrètement leurs affaires : après tout, nous n'allons pas héberger pour rien des individus qui travaillent contre nos intérêts !
_Ah, non !
s'insurgea Maggie ; je ne m'abaisserai pas à faire ça. Et puis, après ce qui est arrivé l'autre soir, je ne veux plus courir de risques à tort et à travers...
_Je le ferai, moi, s'il le faut.
_Mais...et s'il s'en apercevaient ? S'ils disparaissaient alors sans laisser de traces ?


Ruth Garland eut un sourire dur, et but une gorgée de son café au lait avant de répondre :
_Ils n'en auront peut-être pas le temps... »



Publié par Experiment.Gat à 17:31:36 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 32 - [Chapitre 8] | 05 mars 2008

LE FEU AUX POUDRES... (4ème partie)

Une demi-heure plus tard, prisonnier avec Dan Hunter dans une pièce du château des scientifiques allemands au Nicaragua, je me lamentais. Avoir fait tout cela, pris tous ces risques pour rien ! Je soutenais que si j'avais eu la bonne idée de lier ensemble deux ou trois troncs, nous aurions pu rentrer dessus sans encombres ; mon ami opposait que les gardes ne nous auraient pas même laissé quitter la cour s'ils s'étaient aperçus que j'avais une embarcation. Ce qui me faisait le plus de mal, en fait, c'était d'avoir dû avouer l'emplacement de la bombe que je terminais de placer près des stocks de café blanc lorsque Hunter m'avait trouvé. C'était un peu mon bébé, cette charge d'explosifs que j'avais confectionné avec amour en ruminant ma vengeance après la mort supposée de mon pauvre ami. Ce dernier avait d'ailleurs beaucoup insisté pour que je révèle à nos geôliers le moyen de découvrir et de désamorcer l'engin ; quant à moi, j'aurais préféré affronter la torture, mais il m'avait presque supplié et j'avais dû céder, la mort dans l'âme, de peur qu'il ne subisse en fin de compte les conséquences de mon obstination. Il va sans dire que je lui en voulais terriblement pour ce que je considérais quasiment comme une trahison...

« Je n'en reviens pas que vous m'ayez forcé à bousiller ainsi mon travail, disais-je ; vous ne vous rendez pas compte de ce que sa confection a représenté pour moi !
_Je sais bien,
répondait-il avec un petit air confus ; mais imaginez leur réaction si votre bombe avait blessé quelqu'un... Je vous assure, c'est mieux ainsi. »

Et la dispute continuait, entrecoupée de silences boudeurs. Les deux types qui montaient la garde à l'entrée, donnant directement sur la cour où la nuit pâlissait à vue d'œil, ne disaient rien et nous ignoraient superbement. Seuls quelques petits sourires, rapidement réprimés, et des regards en biais dans notre direction révélaient parfois qu'ils comprenaient assurément ce qui se passait entre Hunter et moi. Cela devait quelque peu ressembler, dans les grandes lignes, à un sketch de Laurel et Hardy (Dan Hunter était plutôt grand et maigre ; et moi...disons peu sportif et de taille moyenne).

« Vous savez, lançai-je encore tout à coup, je reste intimement persuadé que vous avez eu tort.
_Allons, mon vieux, vous n'allez pas remettre ça sur le tapis une nouvelle fois ! Je vous ai dit ce que j'en pensais : c'était inutile et dangereux.


Il semblait à présent relativement agacé par mon insistance. Je n'en repartis pas moins sur un ton plutôt aigre :

_...et puis nous n'étions pas venus pour ça, oui, vous me l'avez déjà dit ! Mais ça ne tient pas, Hunter ; non, ça ne tient pas. Si je vous ai accompagné au Nicaragua, c'est pour agir, et vous le savez très bien. Il s'agit peut-être de quelque chose de nouveau pour vous, mais l'action est indispensable dans ce cas ; nous n'allons pas laisser ces types inonder le marché de cette saleté de café albinos - et de drogue, je vous le rappelle !
_Le café blanc n'est pas mauvais en lui-même, je vous l'ai dit et répété pourtant ; c'est juste la façon de le commercialiser qui pose un problème légal. C'est pour ça que je travaille sur cette affaire ; mais si je peux éviter d'en arriver à jouer les barbouzes...
»

Jamais je ne dirai qu'Hunter était un froussard ; mais je pris à cet instant la mesure de la répugnance que lui inspirait l'usage de la manière forte, quand cela n'était pas à ses yeux absolument indispensable - j'irais même jusqu'à dire inévitable. En cela je différais radicalement ; une fois sorti de mes gonds je ne m'arrêtai plus à faire du détail...

« En tout cas, jouer les barbouzes ne me fait pas peur, moi ; un jour vous me remercierez pour ça.
_Hein ? Moi, je vous...
»

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase ; une explosion retentit dans la cour, l'interrompant et faisant même vibrer les lourds murs de pierre...



Publié par Experiment.Gat à 14:31:38 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 31 - [Chapitre 8] | 03 mars 2008

LE FEU AUX POUDRES... (3ème partie)

Terrifié par la chute de mon compagnon, je me précipitai pour le relever ; mais il restait sur le sol, évanoui. Je le ramenai à lui par quelques claques appliquées sur ses joues glacées.

« Hé bien..., dis-je, qu'est-ce qui vous prend ? Ça ne va pas ?
_Euh...excusez-moi, mais...nous ne pouvons pas rentrer à la nage !
_Pourquoi ? Je suis bien venu ici comme ça, moi...

Hunter avala sa salive avec difficulté :
_Et...vous n'avez pas eu d'ennuis ?
_Non ; j'aurais dû ?

Cette fois, je sentis mon ami frissonner avant de me répondre :
_En principe, oui ; ces eaux sont infestées de piranhas...»

Il s'en fallut de peu que je ne m'évanouisse à mon tour. Dire que j'avais traversé à l'aller sans même soupçonner... Je me rendais compte tout à coup de ma naïveté. Comment avais-je pu supposer que l'endroit serait aussi peu gardé ? La mesure du danger que j'avais couru sans le savoir m'apparaissait d'autant plus terrifiante à présent ; des piranhas ! Ces féroces petits poissons carnivores d'Amérique du Sud, des bêtes voraces qui vous nettoyaient en un instant de leurs redoutables mâchoires équipées de petites dents coupantes comme des rasoirs... Instinctivement, je fus tenté de vérifier mon intégrité physique ; mais je songeai en même temps que si j'avais été attaqué par ces maudites bestioles, je m'en serais forcément aperçu beaucoup plus tôt.

« Comment expliquez-vous que je sois arrivé indemne, alors ?
_Je ne sais pas...quand vous êtes-vous mis à l'eau ?
_Juste à la fin de la dernière averse, pour que le bruit de mes mouvements se confonde avec celui de la pluie à la surface du lac...mais c'est insensé : les poissons ne se dirigent pas uniquement au son, que je sache !
_Certes non, mais la pluie a pu suffire à les désorienter ; et puis, elle charrie beaucoup de terre venant des collines. C'est sans doute grâce à cela que vous avez pu passer inaperçu... Mais à présent, ce ne sera plus possible, je le crains...
»

Je dus bien admettre qu'il avait raison. D'ailleurs, dans le doute je préférais ne pas courir le risque... Mais cela posait évidemment un problème de taille : comment allions-nous pouvoir fuir et regagner le rivage du lac ?

« Inutile de songer à longer la presqu'île, murmura Dan Hunter ; l'entrée est perpétuellement gardée, comme vous savez.
_Il va falloir dégoter une embarcation
, répondis-je ; n'importe quoi, une barque, un radeau, enfin quelque chose qui flotte et qui puise supporter notre poids...et puis des sortes de rames ou de pagaies. Je ne veux pas avoir à remettre les mains dans cette eau-là ! Vous n'avez rien vu dans la cour, pendant la journée, qui puisse nous servir ?
_Je n'ai pas fait attention, mais en y réfléchissant...il doit bien y avoir quelque chose. Venez, retournons-y.
»

Nous reprîmes le passage sombre qui conduisait à l'intérieur du château, heureux de nous éloigner pour un moment de l'eau devenue très antipathique de ce fichu lac perdu au cœur du Nicaragua. Nous marchions aussi discrètement que possible, quoique sans redouter grand-chose pour le moment : il me semblait que dans une telle forteresse, protégée finalement par de si formidables gardiens (sauf en cas d'averse, éventuellement ; mais pour rien au monde je n'aurais voulu retenter ma chance), on pouvait se permettre de dormir sur ses deux oreilles - et même laisser un prisonnier se balader seul la nuit sans surveillance aucune. Cependant, il faut croire qu'en cela, je me trompais... A peine avions-nous mis le pied dans la cour qu'un ordre bref fusa dans l'ombre derrière nous, et nous fûmes tout à coup entourés d'hommes en armes.



Publié par Experiment.Gat à 16:22:34 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (1) |

Episode 30 - [Chapitre 8] | 28 février 2008

LE FEU AUX POUDRES... (2ème partie)

Mes doigts glissèrent sur le manche du poignard scotché contre ma cheville, et se refermèrent sur la crosse de l'automatique muni d'un silencieux glissé dans la poche intérieure de ma veste. C'est alors qu'une voix, calme, s'éleva dans la nuit :

« Vous ne devriez pas faire ça, Horowitz...

Je me retins de faire un bond gigantesque ; cette voix... Non, ça n'était pas possible ! Je me retournai, aussi lentement que possible pour ne pas prendre un coup ou une balle si par hasard je m'étais trompé. L'homme se tenait devant moi, debout dans l'ombre et droit comme un « i », les mains dans les poches de sa gabardine ; un rayon de lune tombant en plein sur lui éclairait son visage sans qu'une erreur fût admissible. C'était lui.

_Hunter ?! C'est bien vous ?
_Oui, mon vieux. C'est bien moi, aussi vivant qu'on peut l'être ; ravi de voir que vous aussi, vous vous en êtes tiré.
_Vous parlez de l'éboulement ? Mais...c'est vous qui êtes tombé, que je sache ! Moi je suis resté accroché à mon buisson, désespérément.

Il baissa le nez et regarda le sol ; sa voix se fit plus sombre, pensive :
_Ils m'avaient dit que vous étiez mort. En fait, quand les ouvriers m'ont amené ici je ne valais guère mieux ; j'ai passé vingt-quatre heures au lit avant de retrouver mes forces. Mais on m'a dit encore ce matin qu'on avait trouvé des vêtements à vous dans la boue près du lac, et que votre sort ne faisait plus guère de doute...
_Quelques affaires que j'ai abandonné là ; pour faire croire à ma mort, justement. Je suis désolé, je ne pouvais pas savoir que je vous tromperais aussi...

Dan Hunter releva la tête et sourit.
_Peu importe ; nous sommes tous deux vivants, c'est tout ce qui compte. »

Nous marchâmes vers un coin plus abrité, mesurant nos pas pour ne pas trop faire crisser le gravier. Puis je saisis le bras d'Hunter :
« Au fait...comment se fait-il que vous vous baladiez ici au beau milieu de la nuit ? Ils vous laissent libre ?
_Bien sûr,
me répondit-il avec un air joyeux ; ils savent bien que je ne peux pas m'enfuir, puisque le pont est gardé jour et nuit par des hommes armés.
_Hum...j'ai bien réussi à entrer, moi ; alors nous pouvons bien sortir de même.
_C'est juste ! Vous êtes précieux, Horowitz. Comment avez-vous fait ?
_Il y a un petit embarcadère, par ici,
dis-je en indiquant la direction d'où je venais. Et il n'est pas gardé... Vous venez ?
_Volontiers, je vous suis ! Oh, la tête qu'ils feront demain, en découvrant que j'ai disparu malgré leurs précautions... Heureusement que je vous ai trouvé, pendant ma promenade nocturne dans la cour ! A propos, qu'étiez-vous donc en train de faire, accroupi comme un voleur ?
_Je posais des charges,
répondis-je fièrement ; dans quelques heures, peu avant l'aube, cela devrait nous faire un joli feu d'artifice...

Il me regarda soudain, horrifié :
_Vous...vous voulez faire sauter tout ça ? Vous êtes fou !!
Je le dévisageai froidement, un peu vexé.
_Qu'est-ce que vous pensiez ? Je ne suis pas venu jusqu'ici pour rien... Toujours votre satanée éthique, hein, cette fichue position d'observateur ? Vous savez, si je pouvais je ferais subir le même sort aux entrepôts où ces pourris entreposent la drogue qu'ils écoulent à travers nos frontières. Malheureusement, ce n'est pas tout à fait aussi simple. On fait ce qu'on peut, hein... Notez que je vous ai sorti de là, au passage ; sans quoi...
_Merci bien ! Mais...
_...je sais ce que vous allez me dire. Ce droit, je le prends ; et je suis bien sûr que personne à part vous - et, à la rigueur, ceux qui ont le mauvais goût de prendre part à ce commerce - ne me le contestera.
»

J'entraînai mon ami résolument vers l'extérieur du château, sans lui laisser le temps de trouver d'autres arguments. Il fallait franchir de nouveau le lac au plus vite ; je me disais qu'une fois de l'autre côté, Hunter serait bien en difficulté pour me faire la morale ou même tâcher de me convaincre de changer d'avis. Qu'il essaie, pensais-je ; du moment que nous sommes de l'autre côté... Le précédant, je m'arrêtai sur les rochers glissants ; et je m'apprêtais à me mettre à l'eau lorsque sa main se crispa sur mon bras, manquant de me faire trébucher :
« Où...où est votre embarcation ?
Je grognai :
_Quelle embarcation ? Je vous ai parlé d'une embarcation, moi ?
Sa silhouette vacilla tout à coup sur les rochers humides.
_Mon Dieu, murmura-t-il, se forçant visiblement à ne pas élever la voix ; ne me dîtes pas que vous êtes venu...à...à la nage ?! »

Je n'eus même pas besoin de lui répondre ; la situation et surtout mon silence étaient d'une éloquence imparable. Dan Hunter eut un haut-le-cœur ; puis son étreinte se fit plus faible sur mon bras, son corps s'affaissa soudain et je le sentis basculer en arrière...



Publié par Experiment.Gat à 14:35:13 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 29 - [Chapitre 8] | 15 février 2008

LE FEU AUX POUDRES... (1ère partie)

Après la disparition de mon ami, je restai agrippé au buisson dont les racines me raccrochaient au sommet de la falaise. Je voulais désespérément crier, appeler Hunter ; mais je savais aussi qu'on m'entendrait et que ce serait nous mettre tous les deux en danger. Je me tus donc, serrant les dents. Peut-être, après tout, les ouvriers que nous suivions lui viendraient-ils en aide s'ils le trouvaient blessé... Je l'espérais de toutes mes forces ; je ne pouvais raisonnablement rien faire d'autre pour le moment, et j'en avais les larmes aux yeux de rage. La pluie torrentielle ne cessait pas, comme si le ciel ne se préoccupait absolument pas de nous (ce qui était sans doute parfaitement vrai, d'ailleurs). Quand je m'extirpai de la boue qui m'avait recouvert, tel un sanglier de sa bauge, les portes du pénitencier du château s'étaient depuis longtemps refermées sur l'équipe matinale de travailleurs indigènes ; je me risquai sur l'éboulis de terre et descendis jusqu'à la route, le cœur battant. Mais rien ; j'eus beau chercher, remuer la terre en surface, pas une trace de Dan Hunter. L'eau avait tout homogénéisé, et l'énorme masse de déblai compact issu de la falaise effondrée pesait son poids comme une énorme pierre tombale, sous laquelle mon ami n'aurait pu respirer même une seconde. Je jetai mon chapeau sur le sol, dans un grand geste d'impuissance et de désespoir...

Cependant, malgré ces évènements tragiques, je décidai de ne pas perdre de vue le but de l'expédition : nous étions venus au Nicaragua pour trouver un moyen de mettre fin au trafic pernicieux du café blanc, et tout le poids de la mission retombait à présent sur mes épaules. A moi de m'en montrer digne ; je disposais pour cela d'un sac rempli d'armes et d'explosif, ce serait bien le Diable si je n'arrivais pas à faire un joli feu d'artifice de tout ça. Après tout, ma formation de géologue comportait aussi, par sa composante minière, des compétences d'artificier... Bien entendu, je ne pouvais faire disparaître d'un coup le château tout entier, il aurait fallu pour cela tout un camion de nitroglycérine et mon pauvre ami et moi n'y avions pas pensé au moment de faire notre paquetage. En revanche, j'avais de quoi provoquer plusieurs explosions de moyenne importance qui, judicieusement calculées et situées, pourraient mettre à mal les stocks et détruire les laboratoires de ces monstrueux scientifiques qui vendaient leur science aux plus infects trafiquants. Il allait falloir établir un plan relativement précis des lieux ; mais je me faisais fort, à force d'observation, de découvrir l'emplacement de ces points névralgiques. Ensuite, il faudrait - et c'était bien là le plus problématique - gagner le cœur de l'îlot et pénétrer dans le château. Quelque chose me disait qu'une fois parvenu sur les rochers, il ne me serait pas difficile de franchir les murs : les occupants redoutaient peu sans doute une attaque de ce côté-ci. Mais il s'agissait d'y arriver, justement...

Le surlendemain au coucher du soleil, mon plan était au point ; j'avais passé suffisamment de temps à observer les allées et venues des gardes, des travailleurs et de quelques hommes en blouse blanche pour avoir une idée assez précise de l'emploi des divers bâtiments qui, tous, donnaient sur la cour. Il était nécessaire d'y entrer pour mener mon projet à bien ; mais j'avais ma petite idée là-dessus. Pendant la journée, à l'abri dans un creux de rochers, j'avais confectionné avec la toile imperméable des tentes un sac étanche dans lequel je transporterais les charges explosives confectionnées la veille. J'avais également retouché la coupe de mon grand manteau sombre pour qu'il puisse couvrir ma progression sans me gêner dans mes mouvements ; aussi à la nuit tombée, je me mis à l'eau. J'avais choisi l'endroit à la fois le plus éloigné de la presqu'île et le plus rapproché de l'îlot rocheux ; et je nageai en silence, priant pour qu'aucun des gardes ne s'avise de faire preuve de zèle nocturne - ou de regarder du haut d'une tour les reflets de la lune sur les eaux boueuses du lac. Par chance, il ne devait y avoir ni poète ni paranoïaque parmi eux. Je pris pied sur l'île une demi-heure plus tard ; et en furetant je découvris un passage sombre qui menait directement à la cour, partant de ce qui avait dû être un petit embarcadère. Placer ma première charge, près de ce que j'avais identifié comme étant la serre où l'on développait le café blanc, ne fut pas difficile ; puis je me glissai le long du mur en direction des hangars où d'après mes calculs, on stockait la marchandise empaquetée, prête pour l'export.

Je terminais de poser ma charge et de régler le minuteur lorsqu'un bruit me fit dresser l'oreille et me glaça le sang ; comme un crissement de gravier derrière mon dos. Comme quelqu'un qui s'arrête et qui s'interroge sur la conduite à tenir, prêt à frapper, en espérant n'avoir pas été entendu...



Publié par Experiment.Gat à 16:16:38 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (2) |

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L' Auteur

C'est moi!

Ceci est une expérience, une petite tentative de polar en épisodes pas sérieux du tout (juste un peu), parfois onirique, parfois improvisé... A forte teneur en caféine, comme de bien entendu :)

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