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A Polar Experience

Dream By Gatrasz Incorporated.

Episode 39 - [Chapitre 10] | 02 juin 2008

CAFé BLANC : EFFETS SECONDAIRES... (3ème partie)

L'arrière du camion, une fois débarrassé de la bâche carbonisée, s'avéra contenir des caisses de...de Café Blanc du Nicaragua. Rien que du café blanc ; et nous n'avions pas d'autres vivres. Je proposai d'en acheter au prochain village, d'en échanger contre du café. Mais Hunter s'y refusa : nous devions fuir au plus vite cette maudite jungle. Je ne répondis rien et le laissai conduire ; les prochains jours s'annonçaient joyeux...

Nous quittâmes le pays dans la précipitation ; il y eut plusieurs alertes chaudes, mais nous pûmes embarquer à la dernière minute sur un cargo en partance pour la côte Est des Etats Unis. La traversée se déroula sans encombres ; mais Hunter regardait les marins de travers, et je me surpris souvent à en faire autant... Sa nonchalance et son horrible insouciance semblaient réellement très affectées par les angoisses de notre seconde capture, et à notre fuite mouvementée ensuite. J'avais pris le parti de mettre sa nervosité nouvelle sur le compte de la grande quantité de Café Blanc du Nicaragua que nous avions absorbé, quand nous n'avions que cela pour survivre dans la jungle nicaraguayenne ; cependant, je me demandais secrètement combien de temps son organisme mettrait pour éliminer les derniers résidus de caféine. En arrivant en ville, j'avais naturellement suggéré de retourner chez les Demoiselles Garland, chez qui jamais nous n'avions été inquiétés. Il avait encore rechigné ; mais comme il n'avait pas d'autre planque, mon ami convint que nous n'avions pas d'autre solution. Par sécurité tout de même il proposa que nous attendions la nuit...

Une petite lampe s'alluma finalement dans le fond ; et le bruit de pas traînant d'une personne marchant avec des pantoufles me parvint. Il y eut un silence, une lumière vacillante au travers de la porte en verre dépoli ; puis plusieurs claquements de verrous, et le battant s'entrouvrit sur le visage austère de Mrs Ruth Garland. L'éclairage d'un néon proche me révélait en plein, ne laissant aucun doute possible sur mon identité.

« Que venez-vous faire ici ? lança-t-elle d'un ton rude ; j'aurais de loin préféré être accueilli par Maggie. Un instant je me vis dans la peau d'un détenu qui vient d'interpeler un maton, au beau milieu de la nuit. Je bafouillai :
_Je...nous aimerions, si vous le voulez bien, récupérer la chambre que...
_Où est Daniel Hunter ?
m'interrompit-elle, examinant la rue par-dessus mon épaule d'un œil inquisiteur, presque rapace.
_Il est en bas, dis-je ; et je fis signe à mon ami de monter nous rejoindre.
_C'est bon, vous pouvez entrer, murmura la vieille en hochant la tête ; mais je notai qu'elle n'avait pas l'air tranquille. Inquiet, je me retournai pour darder sur la rue un regard suspicieux. Rien. Il n'y avait rien, personne en vue et pas le moindre bruit suspect. Hunter s'effaça et entra dans la boutique. Je l'y suivis ; mais au moment où je quittais la lumière crue du néon qui clignotait dans la rue, un coup de feu, très proche, se fit entendre. Je sentis une vive douleur à la tête, quelque chose de lourd me heurta sur le côté droit, et je m'effondrai sans connaissance sur le linoléum usé du magasin...
***

Jack-Erreur s'était installé entre deux cheminées de briques qui saillaient du toit, en face de la fameuse boutique de vêtements. Le lieu de sa planque était clairement défini, il ne pouvait pas se tromper ; de fait, il sourit en voyant, dans la lumière des néons grésillants, deux silhouettes avancer en longeant les murs : Hunter et Horowitz ! Il les connaissait, il les avait déjà observés comme cela, d'en haut, quelques semaines auparavant dans le grand hall de la gare. Cette fois-ci, ils se déplaçaient comme deux chats de gouttière, silencieusement, aux aguets ; mais ils ne pouvaient pas le voir, à moins d'un coup de chance - ou de malchance, c'est selon. D'ailleurs, ils ne regardèrent pas une seule fois dans sa direction, et Jack esquissa dans l'obscurité un sourire que la clarté de la lune rendit presque démoniaque. On eût dit un horrible clown se découpant sur le ciel, le visage maquillé de blanc et habillé comme Humphrey Bogart...


Publié par Experiment.Gat à 11:37:43 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 38 - [Chapitre 10] | 22 mai 2008

CAFé BLANC : EFFETS SECONDAIRES... (2ème partie)

Quand j'arrivai devant le magasin, en haut du fameux petit escalier, aucune lumière ne filtrait au travers de la porte vitrée. Miss Garland et sa tante dormaient-elles ? Il était tard ; mais Hunter avait insisté pour que nous ne nous présentions qu'à la nuit tombée devant notre ancien repaire. Depuis notre évasion rocambolesque du château des trafiquants au Nicaragua, il se montrait exceptionnellement prudent.

Lorsque la charge oubliée par moi près de la serre, où étaient développés les plants de Café Blanc du Nicaragua, avait explosé, nous étions restés bouche bée ; puis, profitant de l'affolement général, nous courûmes dans la cour du château. Les gardes improvisés nous avaient délaissé pour manipuler des seaux d'eau tirés du puits central, et un monde fou grouillait autour de l'incendie dévorant que j'avais déclenché. A côté stationnait un camion, dont les occupants descendirent d'ailleurs précipitamment, après une nouvelle explosion très proche qui avait failli les emporter.

« C'est le moment ! », me cria Hunter en se mettant à courir ; quelques visages se tournèrent dans notre direction, mais déjà nous montions dans la cabine. Dan lança le moteur, mit les gaz et le camion bondit en avant dans rugissement furieux. Ecrasé contre le siège passager, je vis les portes de la cour entrouvertes partir à la volée dans un grand choc ; nous étions dehors ! Mon ami appuya sur le champignon, et nous disparûmes sur la route sinueuse dans un nuage de poussière et de fumée noire...

Quand l'adrénaline commença à retomber, le camion - dont la bâche flambait allègrement - filant à tout allure dans la jungle, je me tournai vers mon compagnon de route en reprenant peu à peu ma respiration.

« Vous l'avez fait exprès, Horowitz !
_Pardon ?
dis-je dans un hoquet ; les roues du camion passèrent sur un trou qui nous secoua les os.
_Cette charge, vous l'avez oubliée volontairement, je le parierais ! Vous saviez que je ne serais pas d'accord...

Je ne sus pas quoi lui répondre ; même maintenant, je ne sais pas vraiment si cet oubli fut ou non conscient.

_En tout cas, cela nous a bien rendu service, avouez !
_Peut-être, mais sans ce camion, nous étions cuits nous aussi...
»

Il se tut, regardant la route fourmillant de nids-de-poules qu'il semblait impossible d'éviter tous. Puis il soupira.

« ...cela dit, merci, reprit-il sur un ton contrit ; c'est effectivement grâce à vous si nous sommes là, et pas dans une cellule de cette fichue forteresse...ou pire.
_Ah, tout de même !
»

Je me laissai aller contre le vieux fauteuil aux ressorts grinçant du camion volé à nos geôliers ; c'était bon d'avoir, de nouveau, une petite chance de voir de bout du tunnel. Oui, d'ailleurs cette route méritait bien le nom de 'tunnel' : partout, sur les côtés et au-dessus de nous des branches, des lianes qui semblaient obscurcir la nuit en faisant obstacle à la maigre lumière des étoiles. La lumière...je bondis soudain, comme nous passions en trombe dans un petit groupe de cahutes misérables.

« Les phares, criai-je ; bon Dieu, Hunter, éteignez-donc ces phares, vous allez nous faire repérer !

Le pied toujours au plancher, mon ami le détective ricana et me regarda par-dessus ses bras cramponnés au volant :

_Vous êtes cinglé, mon vieux ; sans éclairage nous allons droit dans le décor. C'est une piste forestière, pas une avenue de chez nous...
_Mais...
»

Il avait raison ; et je fus bientôt rassuré sur ce point. Nous étions au beau milieu de la jungle, dans un camion écharpé de flammes qui filait vers Managua aussi vite que le permettait l'état de la route. Peu importaient les phares ; de toute façon l'aube s'annonçait déjà au travers de l'épais feuillage. Seule comptait la vitesse, et la distance que nous mettions ainsi entre nous et nos adversaires...



Publié par Experiment.Gat à 16:30:56 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 37 - [Chapitre 10] | 13 mai 2008

CAFé BLANC : EFFETS SECONDAIRES... (1ère partie)

Jack-Erreur s'entraînait fréquemment, lorsqu'il était seul et n'avait rien d'autre à faire, au lancer de couteau sur le buste en plâtre qui trônait au milieu de son salon. Manifestement, ce n'était pas son arme de prédilection (mais en avait-il une ?) ; l'état du mobilier, des murs et du tapis le laissait largement présager. Mais il s'y exerçait tout de même, en dilettante et en espérant faire à la longue quelques progrès. C'est ce à quoi il s'occupait, sans grand espoir, lorsqu'il entendit l'antique sonnette résonner dans l'entrée. Qui pouvait venir le voir à cette heure dans son appartement sous les toits, il s'en moquait ; ou plutôt, il verrait bien. Un mari jaloux ou une femme volage, désireux l'un comme l'autre de se débarrasser d'un conjoint gênant ? Un commerçant en perte de vitesse qui ne pouvait plus admettre la présence d'un concurrent ? Ou encore, peut-être un inconnu qui sans rien dire lui apporterait un simple nom, une photographie et un acompte sur la somme dévolue au contrat entre les deux parties. Jack aimait bien ce type de contrat, justement ; pas un mot en trop, pas de questions à poser ni à se poser. Très professionnel, quoi. Ce n'était pas le plus courant certes ; mais apprécié lorsqu'il se présentait. Le reste du temps il se contentait d'affaires hautement plus classiques et banales, où il devait avaler les histoires, vraies ou fausses, de clients intimidés par son métier autant que par son aspect froid et hautain. Ils éprouvaient toujours le besoin de se justifier, et faisaient preuve d'une mauvaise foi évidente en nombreuses occasions ; c'était fort ennuyeux généralement, mais au moins ça payait le loyer...

La femme qui se présenta à lui était voilée ; cela arrivait parfois, quand les clientes étaient d'une certaine classe. C'était bon signe, et Jack la fit entrer sans autre cérémonie qu'une discrète et respectueuse inclinaison du buste. La dame parut apprécier, et alla d'une démarche rapide et décidée se planter sur le petit tapis rond qui marquait le début du salon. « Entrez, entrez ! », s'empressa-t-il d'ajouter en désignant de la main le divan aux coussins clairsemés ; dans le même geste il fit disparaître le couteau planté dans le socle du buste en plâtre - même chez un tueur professionnel une telle chose pouvait faire mauvais effet. Puis il s'assit dans le fauteuil en face de sa visiteuse.

« Monsieur, dit-elle ; j'ai un petit travail à vous confier.
_Je vous écoute.


La dame se racla la gorge ; puis elle redressa la tête sous sa voilette d'un autre âge.

_Voici l'adresse, déclara-t-elle en déposant un papier plié sur la table basse entre eux ; je vous suggère de la recopier, car je n'ai pas l'intention de vous la laisser.

Jack, un peu surpris par les directives pour le moins autoritaires de sa nouvelle cliente, s'exécuta ; au moins, songea-t-il, elle ne laissait rien au hasard...

_Bien. A présent, je vais vous dire en quoi consiste exactement le travail que je vous destine. Encore une fois, je vous suggère de prendre des notes ; une erreur de votre part serait extrêmement malvenue. Tout d'abord, il vous faut savoir...

Après un léger temps d'arrêt, Jack obéit ; tandis qu'il écrivait fébrilement dans son petit carnet, il se demanda si cette femme n'avait pas déjà, par le passé, eu recours à ses services. Oui, il en était sûr, elle avait dû être mêlée à une de ces histoires où la chance ne lui avait pas souri. Cette silhouette, cette voix ne lui disaient rien ; mais cela ne voulait rien dire. Des affaires qui s'étaient mal terminées, il y en avait un bon paquet dans ses souvenirs...



Publié par Experiment.Gat à 16:25:59 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 36 - [Chapitre 9] | 05 mai 2008

UN FOND DE CAFé FROID... (4ème partie)

Le jeune saxophoniste commençait à trouver particulièrement agréable la vue de l'infirmière, et un vaste sourire s'élargissait sur son visage de convalescent ; mais elle s'effaça soudain tandis qu'un autre personnage faisait son entrée dans la chambre d'hôpital. Attorius Kay, tombant des nues, reconnut son supérieur, c'est-à-dire l'officier à qui il transmettait ses informations quand il travaillait pour la police. Combien de rapports sur le commerce du Café Blanc du Nicaragua, d'abord griffonnés sur son petit carnet noir puis rigoureusement tapés à la machine, lui avait-il remis déjà ? Impossible à dire. Mais, à voir la physionomie du nouvel arrivant, il songea qu'il devait vraisemblablement en manquer un. En l'occurrence, le dernier...

« Bonjour, Mr Kay, dit l'officier ; à présent que vous êtes réveillé nous allons pouvoir discuter. Pour commencer, j'espère que vous vous sentez mieux...
_Euh...oui,
répondit Attorius, l'infirmière vient de me donner un...
_C'est bien. J'aurais préféré qu'elle vous laisse mariner un peu plus, mais...soit. Je n'ai pas de temps à perdre ; alors mon bon ami, vous allez me dire sans plus attendre pourquoi vous êtes ici.
_Pourquoi... ? Je pensais que vous alliez me le dire !
»

Le policier fronça les sourcils et fit une grimace de mauvaise augure.

« Vous ne vous souvenez donc pas, Mr Kay ? On vous a conduit à l'hôpital suite à une overdose ; vous avez d'ailleurs été bien près d'y passer. En temps normal, votre décès eût été le cadet de mes soucis ; mais vous étiez en mission pour moi, dois-je vous le rappeler ?
_Une overdose !? Mais...
_Oui. Je suppose qu'en tant que musicien vous savez ce que c'est ; vos semblables sont fréquemment sujets à ce genre de désagrément. Je sais que nombre de jazzmen sont piqués - ce qui, pour ce que j'ai pu entendre de leur musique, ne m'étonne guère - mais j'aurais pensé que pour un travail de cette importance vous vous abstiendriez de goûter à ce vice...
»

Attorius Kay ouvrait des yeux ronds comme des tasses à café.

« Ecoutez, je n'y comprends rien ; je n'ai rien pris...je veux dire, pas ce soir-là, je vous assure ! Si j'ai été drogué, c'est forcément à mon insu...
_Et qui vous aurait drogué, selon vous ? Le barman sans doute ? Allons, Kay, vous naviguez en pleine paranoïa !
»

Devant l'officier de police qui le regardait d'un air peiné, assis au bord du lit, Attorius sentit ses membres se mettre à trembler sous les couvertures. Drogué ! Il ne pouvait pourtant pas avoir eu l'imprudence... Non, il en était sûr, il était 'clean' ce soir là, lorsqu'il avait entrepris Miss Garland au bar. Un petit verre de trop, peut-être, mais...rien d'autre ! Alors, comment cela avait-il pu arriver ? Son esprit s'affolait en l'absence de solution satisfaisante. N'était-il pas en train de devenir fou ? Qui donc avait pu... ? Tout à coup, il se figea : ses derniers instants à l'Apollo-Jazz lui revenaient en mémoire. Il enlaçait Maggie dans l'ombre, il embrassait fiévreusement sa nuque, son cou adorable... Son... Oui ! Son collier ! Le saxophoniste écarquilla les yeux, la mâchoire tombante et le souffle court : il n'y avait pas d'autre solution ! C'était le collier qui était piégé ! Forcément... On avait dû l'identifier, percer à jour sa couverture et subodorer ses liens avec la police. A coup sûr, Maggie Garland s'était méfiée de cette invitation inopinée ; et, peut-être sur les conseils de sa tante, elle avait mis au point ce stratagème pour l'éliminer. C'était soudain tellement clair ! Mû par une énergie nouvelle, il bondit sur son lit et releva la tête :

« Ecoutez, je crois que je sais comment... »

Mais l'homme était déjà parti.



Publié par Experiment.Gat à 17:16:01 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 35 - [Chapitre 9] | 30 avril 2008

UN FOND DE CAFé FROID... (3ème partie)

Attorius Kay émergea dans une chambre d'hôpital, lumineuse et blanche. Etrangement, il n'avait pas l'impression d'arriver au Paradis mais d'en revenir ; il remontait en fait d'un long rêve psychédélique et se trouvait tout à coup de retour sur Terre, avec ce qui s'annonçait fâcheusement comme la plus retentissante des gueules de bois... Il fut tenté de prendre pour un ange la femme en blanc qui s'affairait près de lui ; un brusque éclair de lucidité le fit opter pour une infirmière - ce qu'elle n'était pas, mais sa vue encore trouble ne lui permettait pas de s'en rendre compte. Ce qu'il pouvait distinguer semblait prometteur : des hanches rebondies, et une poitrine qui visiblement ne demandait qu'à s'échapper de l'uniforme blanc serré à la taille, un vrai fantasme, à vous faire regretter d'être dans un lit d'hôpital pour une raison vraiment sérieuse...

« Oh, vous...vous êtes réveillé ?! »

La femme de ménage, s'apercevant qu'il était réveillé, s'en fut aussitôt dans un horrible bruit de chariot à roulettes. La tête du jeune saxophoniste retomba lourdement sur l'oreiller ; pourquoi ce genre de choses n'arrivait-il qu'à lui ? Sitôt apparues, d'exquises silhouettes féminines s'évanouissaient et lui échappaient définitivement sans qu'il puisse seulement essayer de s'interposer. Ça ne ratait jamais ; derniers exemples en date, cette créature paradisiaque, et puis juste avant, Maggie Garland. Maggie... Il bondit soudain, se retrouvant assis dans son lit en pyjama rayé d'hôpital ; que lui était-il donc arrivé ? Il se souvenait vaguement de l'Apollo-Jazz, du verre qu'il avait pris au bar ; il revoyait la jeune femme, il se rappelait comment ils s'étaient rapprochés dans la salle un peu sombre, et puis ses avances qu'elle n'avait pas repoussé...et crac ! Plus rien. Le noir total. Ou plutôt, une sorte de flou artistique qui virait rapidement à l'obscurité complète ; ses derniers souvenirs tanguaient sauvagement, lui donnant le tournis rétrospectivement : il distinguait un cou parfait, des cheveux magnifiques et enfin son visage ovale et sensuel qui le regardait avec une drôle d'expression, tout en devenant lointain, lointain... Il se sentit sombrer de nouveau au milieu des draps du lit.

Tous les bruits de l'hôpital semblaient à présent venir résonner dans sa tête et il ferma désespérément les yeux, les mains sur les oreilles. Puis émergea du chaos un crescendo de claquements de talons sur le carrelage, qui prit fin juste devant sa porte : ce devait être l'infirmière. Le saxophoniste ôta ses mains de ses oreilles en entendant la porte s'ouvrir ; mais il s'enfouit précipitamment la tête sous l'oreiller quand une horrible voix de crécelle franchit d'un coup l'espace en lui vrillant les tympans :

« Tiens, vous voilà, vous ! Bien dormi, Monsieur l'artiste ? Oh, ne répondez pas, j'en ai vu passer d'autres comme vous. Tenez, je vous mets sur la table de chevet un verre d'eau, avec un cachet qui devrait vous aider à revenir peu à peu parmi nous. »

Attorius ressortit prudemment de sous l'oreiller ; il avait la bouche pâteuse et la langue sèche... Comment savait-elle ? Peu importait, au fond. Si elle disait que cela lui ferait du bien il ne demandait qu'à la croire ; et il but. Il en avait bien besoin. Ce fut une sensation étrange, comme s'il n'avait rien avalé depuis des lustres : comme s'il avait séché à l'intérieur, à l'image d'un arbre mort. Ensuite il reposa le verre sur la table, s'assit plus confortablement et regarda la nouvelle venue un peu plus en détail tandis qu'elle remplissait la feuille de soins fixée au pied du lit.



Publié par Experiment.Gat à 14:33:32 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

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L' Auteur

C'est moi!

Ceci est une expérience, une petite tentative de polar en épisodes pas sérieux du tout (juste un peu), parfois onirique, parfois improvisé... A forte teneur en caféine, comme de bien entendu :)

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