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A Polar Experience

Dream By Gatrasz Incorporated.

Episode 29 - [Chapitre 8] | 15 février 2008

LE FEU AUX POUDRES... (1ère partie)

Après la disparition de mon ami, je restai agrippé au buisson dont les racines me raccrochaient au sommet de la falaise. Je voulais désespérément crier, appeler Hunter ; mais je savais aussi qu'on m'entendrait et que ce serait nous mettre tous les deux en danger. Je me tus donc, serrant les dents. Peut-être, après tout, les ouvriers que nous suivions lui viendraient-ils en aide s'ils le trouvaient blessé... Je l'espérais de toutes mes forces ; je ne pouvais raisonnablement rien faire d'autre pour le moment, et j'en avais les larmes aux yeux de rage. La pluie torrentielle ne cessait pas, comme si le ciel ne se préoccupait absolument pas de nous (ce qui était sans doute parfaitement vrai, d'ailleurs). Quand je m'extirpai de la boue qui m'avait recouvert, tel un sanglier de sa bauge, les portes du pénitencier du château s'étaient depuis longtemps refermées sur l'équipe matinale de travailleurs indigènes ; je me risquai sur l'éboulis de terre et descendis jusqu'à la route, le cœur battant. Mais rien ; j'eus beau chercher, remuer la terre en surface, pas une trace de Dan Hunter. L'eau avait tout homogénéisé, et l'énorme masse de déblai compact issu de la falaise effondrée pesait son poids comme une énorme pierre tombale, sous laquelle mon ami n'aurait pu respirer même une seconde. Je jetai mon chapeau sur le sol, dans un grand geste d'impuissance et de désespoir...

Cependant, malgré ces évènements tragiques, je décidai de ne pas perdre de vue le but de l'expédition : nous étions venus au Nicaragua pour trouver un moyen de mettre fin au trafic pernicieux du café blanc, et tout le poids de la mission retombait à présent sur mes épaules. A moi de m'en montrer digne ; je disposais pour cela d'un sac rempli d'armes et d'explosif, ce serait bien le Diable si je n'arrivais pas à faire un joli feu d'artifice de tout ça. Après tout, ma formation de géologue comportait aussi, par sa composante minière, des compétences d'artificier... Bien entendu, je ne pouvais faire disparaître d'un coup le château tout entier, il aurait fallu pour cela tout un camion de nitroglycérine et mon pauvre ami et moi n'y avions pas pensé au moment de faire notre paquetage. En revanche, j'avais de quoi provoquer plusieurs explosions de moyenne importance qui, judicieusement calculées et situées, pourraient mettre à mal les stocks et détruire les laboratoires de ces monstrueux scientifiques qui vendaient leur science aux plus infects trafiquants. Il allait falloir établir un plan relativement précis des lieux ; mais je me faisais fort, à force d'observation, de découvrir l'emplacement de ces points névralgiques. Ensuite, il faudrait - et c'était bien là le plus problématique - gagner le cœur de l'îlot et pénétrer dans le château. Quelque chose me disait qu'une fois parvenu sur les rochers, il ne me serait pas difficile de franchir les murs : les occupants redoutaient peu sans doute une attaque de ce côté-ci. Mais il s'agissait d'y arriver, justement...

Le surlendemain au coucher du soleil, mon plan était au point ; j'avais passé suffisamment de temps à observer les allées et venues des gardes, des travailleurs et de quelques hommes en blouse blanche pour avoir une idée assez précise de l'emploi des divers bâtiments qui, tous, donnaient sur la cour. Il était nécessaire d'y entrer pour mener mon projet à bien ; mais j'avais ma petite idée là-dessus. Pendant la journée, à l'abri dans un creux de rochers, j'avais confectionné avec la toile imperméable des tentes un sac étanche dans lequel je transporterais les charges explosives confectionnées la veille. J'avais également retouché la coupe de mon grand manteau sombre pour qu'il puisse couvrir ma progression sans me gêner dans mes mouvements ; aussi à la nuit tombée, je me mis à l'eau. J'avais choisi l'endroit à la fois le plus éloigné de la presqu'île et le plus rapproché de l'îlot rocheux ; et je nageai en silence, priant pour qu'aucun des gardes ne s'avise de faire preuve de zèle nocturne - ou de regarder du haut d'une tour les reflets de la lune sur les eaux boueuses du lac. Par chance, il ne devait y avoir ni poète ni paranoïaque parmi eux. Je pris pied sur l'île une demi-heure plus tard ; et en furetant je découvris un passage sombre qui menait directement à la cour, partant de ce qui avait dû être un petit embarcadère. Placer ma première charge, près de ce que j'avais identifié comme étant la serre où l'on développait le café blanc, ne fut pas difficile ; puis je me glissai le long du mur en direction des hangars où d'après mes calculs, on stockait la marchandise empaquetée, prête pour l'export.

Je terminais de poser ma charge et de régler le minuteur lorsqu'un bruit me fit dresser l'oreille et me glaça le sang ; comme un crissement de gravier derrière mon dos. Comme quelqu'un qui s'arrête et qui s'interroge sur la conduite à tenir, prêt à frapper, en espérant n'avoir pas été entendu...



Publié par Experiment.Gat à 16:16:38 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (2) |

Episode 28 - [Chapitre 7] | 11 février 2008

CAFé, POUDRE AUX YEUX ET CENDRES DE CIGARES... (4ème partie)

Le soir du concert de l'infortuné Attorius Kay à l'Apollo-Jazz, Maggie se préparait dans sa chambre, stressée mais sans impatience. Il lui tardait que le collier changeât de mains - si l'on peut dire. Elle n'avait accepté que dans cet unique but l'invitation du musicien qu'elle ne connaissait absolument pas ; la façon dont son nom avait pu arriver sur ce carton était d'ailleurs pour elle un vaste sujet d'étonnement. Cependant, cela s'avérait très utile en la circonstance, alors elle ne se posait pas trop de questions. Comme elle l'avait dit à l'inconnu au téléphone, elle viendrait, après le concert elle irait prendre un verre au bar et , une fois le « colis » transmis, elle rentrerait chez elle par le plus court chemin. Ainsi, tout serait dit ; pas un instant elle n'envisageait de rencontrer ce mystérieux Attorius Kay qui l'avait invitée si opportunément...

Elle se voyait déjà presque prête à partir quand sa tante frappa deux coups et entra dans la chambre. Maggie l'observa un instant dans le reflet de la glace.

« J'ai oublié de te dire quelque chose, ce matin, Maggie.
La jeune femme tressaillit violemment. Oublié ? songea-t-elle ; laisse-moi rire...
_J'ai eu les précisions que tu réclamais sur la situation au Nicaragua,
dit Ruth Garland ; en fait, des pluies torrentielles auraient causé l'éboulement dans lequel Hunter et Horowitz ont été pris. L'un des deux a été pris à la suite de cet accident ; quant à l'autre, il ne s'en est pas...
_Lequel a été pris ?,
coupa sa nièce en se tournant vivement vers elle, comme pour l'empêcher de prononcer les mots fatidiques ; je veux juste savoir lequel d'entre eux est encore en vie...s'il-te-plaît, tante Ruthie !
_C'est...

La tante marqua un temps d'arrêt, puis reprit :
_C'est Hunter qui s'est fait prendre. Ce fichu Dan Hunter, le détective... »

On eût dit que Maggie Garland allait s'évanouir ; si elle ne le fit pas, tombant seulement assise sur son lit, sans un mot, c'est qu'elle s'attendait déjà depuis longtemps à cette réponse. Elle le soupçonnait, elle le sentait, elle en était sûre : c'était fini, Gérald Horowitz était mort, elle ne le reverrait jamais plus. Ce fut un rude coup pour elle, qui chamboula toutes ses idées et lui mit la tête à l'envers. Elle ne pensait plus à rien, submergée par des émotions diverses ; elle accusait le coup, et c'était tout. C'est dans cet état d'esprit plutôt perturbé, le regard trouble et la démarche mal assurée qu'elle partit pour le rendez-vous de l'Apollo-Jazz...
***
« Je t'assure, tante Ruthie, c'était un accident ! »
Après les évènements de la nuit, qui avaient mis le saxophoniste des Funky Cigars dans le triste état que l'on sait, Maggie était rentrée dare-dare chez sa tante et lui expliquait à présent, dans la cuisine de l'appartement, les circonstances de cet épouvantable gâchis qui avait manqué de tourner à la catastrophe. Cette dernière, bien entendu, prenait l'affaire plutôt mal.
« Je ne comprends pas...comment as-tu pu laisser un inconnu toucher à ce collier ?!
_Je ne pouvais pas savoir qu'il y toucherait, ma tante ; et puis...qui aurait pu imaginer que les pilules du collier étaient solubles ?

Ruth Garland prit un air pincé :
_Ce qui m'étonne et me peine surtout, Maggie, c'est que ce Mr Attorius Kay ait eu l'occasion d'être suffisamment...proche de toi pour les ingérer.
La jeune femme rougit violemment ; dans la confusion du moment, elle n'avait pas trouvé comment dissimuler cet aspect de la chose.
_Je...euh, ça n'est pas très...j'étais un peu déprimée, tu sais ; il aura voulu me réconforter, ma tante... »

Elle se rendit bien compte, à l'air sceptique de son impitoyable parente, que celle-ci n'était absolument pas dupe ; mais en vérité les faits se passaient de commentaire, elle en était parfaitement consciente. Aussi n'ajouta-t-elle rien d'autre qui pût ressembler, de près ou de loin, à une excuse. Après tout - elle commençait à retrouver son assurance - elle avait bien droit à une vie privée et personne, fût-ce sa tante Ruthie, n'avait son mot à dire là-dessus. Elle n'avait par ailleurs aucune envie d'expliquer comment sa déception sentimentale - la disparition brutale d'Horowitz - l'avait poussée dans les bras de ce crétin de saxophoniste...

« Mr Rebbenkohl risque bien de ne pas apprécier l'histoire, grinça la duègne en détournant le regard.
_Il serait beau qu'il se plaigne, répliqua Maggie, vertement ; après tout c'est sa faute si je me suis retrouvée dans cette situation abracadabrante.
_Ce n'est certainement pas lui qui t'a poussé à te soumettre aux avances de cet individu alors que ta mission n'était pas encore accomplie.
_Est-ce que je me mêle de sa vie privée, moi ? Je ne peux pas empêcher les gens de m'aborder ; si son type était arrivé le premier, il aurait eu le collier tout de suite...et intact. Mais non, il a pris son temps et a dû se mêler aux badauds qui grouillaient autour de nous - par sa faute - pour récupérer son dû comme un pickpocket. Et sans un merci, rien !
»

Sur ces mots, elle pivota brusquement sur elle-même et s'en alla dans sa chambre, claquant la porte derrière son dos. Ruthie Garland resta un moment seule dans la cuisine, le front baissé et les sourcils froncés par la contrariété ; puis elle se leva de sa chaise et gagna sa chambre à son tour.



Publié par Experiment.Gat à 14:30:08 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (2) |

Episode 27 - [chapitre 7] | 07 février 2008

CAFé, POUDRE AUX YEUX ET CENDRES DE CIGARES... (3ème partie)

Quelques jours plus tôt, Ruthie Garland était entrée vers midi dans la chambre de sa nièce ; elle l'avait surprise à regarder pensivement par la fenêtre, assise sur son lit dans une attitude de mélancolie totale après l'affaire non élucidée du glissement de terrain au Nicaragua.

« Je viens d'avoir la secrétaire de Mr Rebbenkohl au téléphone, Maggie.
La jeune femme tourna vivement la tête dans sa direction.
_Oui...?
Ruthie fronça les sourcils :
_Ne t'emballe pas. Il semble qu'il t'ait pardonné tes frasques de la dernière réunion. En réalité, il y a une commission dont il aimerait que tu te charges ; à ta place je ne me défilerais pas, Maggie.
_Oh...bon. De quoi s'agit-il ? »


Elle avait eu l'air déçue en apprenant le motif de la conversation téléphonique, mais semblait faire contre mauvaise fortune, bon cœur et Ruthie en conclut - à tort - qu'elle s'en voulait pour son comportement et tenait réellement à faire amende honorable.

« C'est une sorte de... transaction, un objet à livrer en fait. Un coursier l'a apporté ce matin, je te le donnerai tout à l'heure. Une fois encore, je ne saurais trop te conseiller de prendre ce travail au sérieux...
_...je sais, Tante Ruthie, je sais ; il pourrait bloquer mes dividendes, et je n'aurais pas de recours légal parce que la loi n'a rien à voir avec les activités concernant le commerce du café blanc ; alors...
_Il suffit, Maggie. Il m'a aussi fait remettre un billet avec toutes les instructions nécessaires ; il vaut mieux que tu en prennes connaissance seule. Après tout cela ne me regarde pas vraiment.
_Ce n'est, évidemment, pas légal non plus ? J'aurais dû m'en douter... »

« Ah, et puis...il y avait une lettre pour toi au courrier de ce matin,
ajouta Ruth un peu plus tard en donnant à sa nièce le paquet livré dans la matinée ; la voici ». Maggie prit la lettre et la déposa sur la table de chevet ; pour tout dire elle ne l'intéressait pas vraiment. Ce travail à accomplir pour le compte de Mr Rebbenkohl lui pesait déjà, et le paquet muni de son billet d'instructions la préoccupaient beaucoup plus pour l'instant. Elle ouvrit d'abord la boîte empaquetée dans du papier brun ; il contenait un collier de perles assez volumineux, à l'éclat inhabituel - mais à coup sûr, rien d'habituel ne pouvait venir de chez ce vieil original. Elle le contempla un moment, puis se le mit au cou pour s'admirer dans la glace et conclut qu'il n'était pas trop mal, en fin de compte, quoiqu'un peu voyant. « Que vais-je donc devoir faire de ça ? », pensa-t-elle ; un instant, elle se demanda si Rebbenkohl n'avait pas pour dessein de la courtiser. Cette idée, pour aussi déplaisante qu'elle lui fût, la fit sourire, et elle décacheta avec une soudaine et fébrile curiosité le fameux billet...

Au fil de sa progression parmi les mots griffonnés sur le papier, Maggie sentait la tension retomber et sa mine s'allonger de nouveau. Elle s'était complètement trompée : le collier ne lui était pas le moins du monde destiné. En revanche, les lignes suivantes lui firent ouvrir des yeux ronds comme des billes tant la surprise, à défaut d'être amère, était de taille : les perles qui composaient ce collier n'étaient pas des vraies, ni mêmes des imitations - du moins au sens classiques du terme. Il s'agissait en réalité de petites capsules ovoïdes contenant...

« Quoi ?! »

Maggie dut relire trois fois le nom de la substance citée dans le billet. Ainsi...il osait ! Cet infâme vieillard pratiquement sénile - il devait avoir la cinquantaine passée - n'hésitait pas à la compromettre dans ses trafics répugnants... Elle déglutit péniblement, les yeux brillants d'humiliation et de rage ; puis elle froissa le billet et le jeta avec colère dans un recoin de la pièce. Elle fulminait ; ah, comme punition, c'était réussi ! Auparavant, elle s'était toujours moquée des moyens par lesquels on finançait le commerce du café blanc ; en tout cas tant qu'on ne lui demandait pas de se salir les mains. Mais là...se voir rabaissée au niveau d'un simple convoyeur, d'une...mule !

« Le vieux salaud...», cracha-t-elle encore. Elle devait également appeler un certain numéro pour arranger l'entrevue, et se débrouiller pour choisir un lieu de rendez-vous ; mais elle ne se sentait pas vraiment d'humeur à y réfléchir dans l'instant. Aussi prit-elle machinalement l'autre lettre apportée par sa tante Ruthie ; elle la décacheta et parcourut le message qui y était glissé. Il se présentait sous la forme d'un petit carton, dont la lecture lui fit hausser les sourcils. « Tiens, murmura-t-elle, une invitation ; je ne connais pourtant pas de Mr Attorius Kay... »



Publié par Experiment.Gat à 15:13:38 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (1) |

Episode 26 - [Chapitre 7] | 04 février 2008

CAFé, POUDRE AUX YEUX ET CENDRES DE CIGARES... (2ème partie)

Après le concert des Funky Cigars, Attorius Kay se dirigea avec nonchalance vers le bar de l'Apollo-Jazz (pour les raisons que l'on sait, il n'oubliait jamais de fréquenter ce genre d'endroits). Assise sur un tabouret, Maggie Garland remuait dans son verre un air déprimé ; il s'avança vers elle.

" Miss Garland ? Je suis Attorius Kay...
Elle ouvrit de grands yeux dans sa direction :
_Je vous imaginais plus...vieux, Mr Kay.
Le saxophoniste prit le tabouret voisin et commanda un verre.
_Le concert vous a plu ?
_Hum...oui, je dois dire que j'ai vraiment bien aimé votre jeu. Ce sax, c'est un peu votre amie, non ? Je vous ai observé, vous faisiez corps, vous le serriez dans vos bras comme...une femme.
"
Elle vida son verre d'un trait, et parue tentée d'allumer une cigarette ; finalement elle se ravisa, et regarda Kay dans les yeux.
" A certains moments, reprit-elle, j'avais l'impression que vous étiez...en train d'embrasser votre saxophone. C'était tout à fait étrange.
Attorius sourit, et fit tourner son verre entre ses doigts. Derrière eux, Dom Kennit avait repris place sur scène et interprétait de vieux titres populaires, façon Chet Atkins ou Charlie Byrd.
_Vous n'avez pas tout à fait tort... "

Il lui expliqua l'osmose qui régnait sur scène entre l'artiste et son instrument, il évoqua le son qui parfois prend le timbre d'une voix ; et il songea en évoquant, avec ses mains, la courbure exquise et dans certains cas troublante du dos de son saxophone, que le sujet lui était plutôt favorable : ses gestes expressifs aidant, il se rapprochait de Maggie qui n'avait pas l'air insensible aux développements inspirés du jeune homme. Il ne doutait plus à présent d'arriver à la convaincre de lui faire des confidences, sur l'oreiller ou dans tout autre endroit qu'il lui plairait...

" J'ai particulièrement apprécié votre interprétation d'Over The Rainbow, lui souffla-t-elle à l'oreille, sa main se posant délicatement sur le bras d'Attorius.
_Il vous était dédié, Miss Garland ; je pensais que vous l'auriez compris...
Elle rit à son tour, et se recula pour le regarder en face :
_Ça, c'était facile ; vous n'imaginez pas combien de fois on m'a fait chanter cette satanée chanson, quand j'étais gamine ; Je la hais depuis ; mais c'est votre façon de la « jouer » qui m'a plu. Vous voyez ce que je veux dire ? Je ne sais pas si je dois comprendre que vous me voyiez, au même moment, en lieu et place du saxophone...
Attorius Kay prit un air mystérieux.
_Vous voulez vraiment le savoir ?
_Je le veux,
murmura-t-elle d'un ton impératif tout à fait irrésistible.
Il se pencha sur elle, plongeant son visage dans les cheveux bouclés de la jeune femme dont l'oreille vint lui effleurer les lèvres :
_Je ne faisais pas que vous voir, Maggie... Je vous sentais, comme si vous aviez été dans mes bras, comme si...
_...comme si j'y étais...maintenant ?
" demanda-t-elle, dans son oreille à lui.

Sans répondre, Attorius enlaça Maggie et déposa un baiser, léger, dans le cou de celle-ci. Elle ne réagit pas ; ou plutôt si, elle lui souffla dans les cheveux et ce souffle chaud sur sa nuque l'enhardit. Il l'embrassa de nouveau, un peu plus bas, plus avidement, plus audacieusement aussi, laissant glisser sa main sur les hanches de Maggie. Elle portait un collier de perles ; il s'amusa à en prendre deux entre ses dents, les mouiller puis les laisser revenir contre la peau de celle qui, à présent, lui mordillait le bout de l'oreille... Il sentait l'excitation le gagner, à une vitesse folle ; tout marchait comme il l'avait espéré, et tout à coup il se sentit grisé, grisé...

L'officier de garde fit un bond sur sa chaise quand la sonnerie du téléphone vrilla la silencieuse et lourde obscurité du commissariat. Lâchant de mauvaise grâce l'illustré plutôt équivoque qu'il compulsait l'instant précédent, il regarda l'horloge en face de son bureau - minuit moins le quart - et décrocha. Dix minutes plus tard, il se trouvait lui aussi devant le bar de l'Apollo-Jazz, écoutant avec attention le compte-rendu de la scène étrange qui motivait sa venue.
"Inexplicable, Officier ; Monsieur Kay, qui travaille ici à l'occasion, était en pleine discussion avec cette jeune dame. Il...il lui parlait à l'oreille ; et puis il est tombé comme une masse, en bredouillant des mots sans suite...
_Overdose,
commenta le médecin appelé sur les lieux ; ce type est musicien, alors cela n'a rien d'étonnant."
L'officier de police hocha la tête gravement ; il regarda Miss Garland qu'on emmenait, en larmes - la pauvre, on la comprend, songea-t-il - tandis que passait à travers le Hall de l'Apollo-Jazz, sur une civière entre deux brancardiers, le malheureux Attorius Kay, agité de spasmes et la bave aux lèvres... Triste spectacle, pensa encore l'officier. Avant de refermer son calepin, il donna des instructions pour faire raccompagner chez elle l'infortunée jeune femme et inscrivit une conclusion très fidèle aux propos du docteur. Déjà, son esprit revenait aux pages de l'illustré qu'il avait laissé au milieu du désordre de son bureau...



Publié par Experiment.Gat à 13:38:05 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (2) |

Episode 25 - [Chapitre 7] | 29 janvier 2008

CAFé, POUDRE AUX YEUX ET CENDRES DE CIGARES... (1ère partie)

En coulisse, une poignée de minutes avant de monter sur scène, Attorius Kay regardait les autres membres du groupe s'échauffer calmement. Ray Onobersky tenait son violon calé contre son cou, en exécutant du bras qui portait l'archet des mouvements vastes et incongrus, fort dangereux pour son entourage immédiat. Le guitariste Dom Kennitt tapotait doucement le corps de son instrument : Paolo Anunzio, pianiste, en était réduit à balader ses doigts en l'air, assis sur une petite chaise tandis que son piano l'attendait derrière le rideau...

Attorius pour sa part se bornait à onduler lentement, comme s'il dansait avec le saxophone qu'il tenait précautionneusement entre ses mains. Il ne jouait que rarement avec un groupe de cette ampleur ; habituellement il écumait les petites scènes de bars, avec son ami Anunzio au piano. Cela ne lui rapportait pas grand-chose, alors il ne se foulait pas tellement ; mais dans de telles circonstances il pouvait généralement boire gratis, et prêter l'oreille à pas mal de ragots de comptoir. L'oreille ; c'était avec cet organe-là qu'il gagnait réellement sa vie. Il n'avait pas l'oreille absolue, non ; mais son audition rien moins qu'honnête lui suffisait amplement pour remplir ses fonctions annexes d'indic' de la Police, dans les bas-fonds sonores de la ville.

Si le saxophoniste manquait un peu d'assurance, s'il tremblait un peu ce soir-là derrière son sax' en coulisses et ondulait des jambes, ce n'était pas vraiment parce que l'exercice du jeu dans un groupe à part entière plutôt qu'en duo, face à un public averti plutôt que devant cinq ou six insomniaques imbibés d'alcool (dans le meilleur des cas), l'angoissait ; il jouait depuis quinze jours avec cette bande d'allumés qui se faisaient appeler "Les Cigares Funky" (Funky Cigar's sur les affiches). Son jeu tenait parfaitement la route, et il n'avait déjà plus à faire ses preuves. Non, ce qui le mettait dans cet état, c'était la présence supposée, devinée, idéalisée dans la salle d'une certaine jeune femme qu'il s'était permis d'inviter. En réalité, Maggie Garland ne lui avait pas fait savoir si elle prenait l'invitation au sérieux mais il ne doutait pas qu'elle viendrait. Dans son esprit, un billet signé Attorius Kay se devait d'être irrésistible : un nom de vieux jazzman noir (ce qu'il n'était pas), un côté artistique et branché qui ne pouvait que séduire une jeune fille moderne (à son avis), et la caution d'une boîte comme l'Apollo-Jazz - en fait, son seul argument valable - voilà qui avait dû faire son petit effet dans l'esprit de la demoiselle, dans le petit appartement derrière la boutique de vêtements...

L'épisode du salon de thé remontait alors à plus de 15 jours ; Kay s'était dès le début senti pris d'un subit intérêt, tout professionnel (évidemment), pour Maggie Garland. Mais si elle avait la bonne idée de ne pas venir accompagnée de sa vieille tante, le saxophoniste entrevoyait tout un tas de possibilités beaucoup plus attrayantes. Cette idée fit naître de subtils changements dans le mouvement de ses doigts sur le corps cuivré du saxophone avec lequel il dansait à présent, tout en douceur, un slow tout à fait suggestif. A coup sûr, il envisageait avec plaisir et, pourquoi pas, volupté la perspective de soutirer à la jeune femme un tant soit peu d'information sur l'étrange assemblée qui réunissait périodiquement, chez un certain Joseph Rebbenkohl, des personnages aussi divers qu'un serveur asiatique, une barmaid noire et une jeune fille aux airs respectables qui lui faisait déjà voir, dans ses rêves, quelques brûlants instants de paradis dans les plis de sa robe sombre...



Publié par Experiment.Gat à 16:35:08 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (2) |

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L' Auteur

C'est moi!

Ceci est une expérience, une petite tentative de polar en épisodes pas sérieux du tout (juste un peu), parfois onirique, parfois improvisé... A forte teneur en caféine, comme de bien entendu :)

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