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A Polar Experience

Dream By Gatrasz Incorporated.

Episode 24 - [Chapitre 6] | 15 janvier 2008

L'AUTRE CôTé DE LA CAFETIèRE... (4ème partie)

Toujours assise en face de sa tante, Maggie Garland se retint d'exprimer l'émotion qu'elle ressentait et qui tentait de la submerger. Qui, d'Hunter ou d'Horowitz, avait péri dans cet éboulement ? Sous la table, sa main se crispa tandis qu'elle priait intérieurement pour que ce fût le premier et non le second. Après tout, le détective était en sursis ; mort une fois, deux fois, peu importait pourvu que le résultat soit le même et qu'Horowitz, lui, fût vivant.

Sur le trottoir en partant, elle s'arrêta devant une vitre de l'établissement pour y observer le reflet de son visage défait par la lutte intérieure qu'elle avait mené. Comme elle s'y attendait, ses jolis cheveux châtain ondulés, retenus par un mince bandeau bleu clair, encadraient une figure pâle et décomposée au lieu de ce fin minois au nez pointu et aux yeux langoureux qu'ils soulignaient d'habitude. Elle redressa ses épaules et respira profondément en rajustant à sa taille fine la robe brune simple mais élégante qu'elle avait mis pour sortir, serrant d'un même mouvement l'une contre l'autre ses jambes galbées, gantées de bas sombres. Elle savait qu'elle était jolie, mais pour l'instant elle s'en moquait bien tant l'air sinistre qu'elle arborait la rebutait. Quel gâchis...pour un peu, elle se serait mise en colère contre elle-même. D'une mimique rageuse, elle souffla sur une mèche de cheveux qui lui tombait devant les yeux. Bon sang, si sa coiffure s'y mettait aussi... Puis la jeune femme se détourna pour retrouver dans la foule des passants sa tante qui s'en allait d'un pas rapide vers leur petit appartement, derrière le magasin de vêtements.

Derrière la vitre, dans la salle obscure du salon de thé en face de chez Mr Rebbenkohl, Attorius Kay suivit des yeux Maggie Garland qui courait à présent pour rejoindre Ruthie. Pas un des muscles de son visage n'avait bougé lorsqu'il l'avait vue se recoiffer dans le reflet juste devant lui sans même remarquer sa présence. A peine un froncement de sourcils, tout au plus. Elle ne pouvait pas le voir, sans doute ; alors qu'il la surveillait depuis un bon moment. En fait, depuis qu'elle avait fait son entrée dans le salon de thé. Il l'avait déjà repérée quelques minutes plutôt, quand avec sa tante elle avait franchi la porte de l'immeuble d'en face ; mais il n'était pas venu pour elle. Celle qui, à son insu, l'avait conduit là, c'était la corpulente femme noire qui, elle aussi, avait passé le même seuil quelques minutes plus tôt. Lucinda. La barmaid du Planet Orleans Coffee, qu'il avait discrètement suivi jusqu'à cet étrange lieu de réunion. Les deux miss Garland, il ne les connaissait pas ; elles ne l'intéressaient qu'à partir du moment où elles apparaissaient en tant que membres du "cercle Rebbenkohl". C'est pourquoi il se leva précipitamment, empoignant l'étui sombre posé près de lui, afin de s'attacher aux pas des deux femmes qui s'éloignaient rapidement. Il dut courir un peu, son étui sous le bras, pour les rattraper ; ensuite il stabilisa l'allure et débuta sa seconde filature de la journée. Quand elle prit fin, il connaissait leurs noms et adresse qu'il nota avec soin à la suite des bribes de conversation qu'il avait pu saisir pendant l'épisode au salon de thé, dans un petit carnet sorti de la poche intérieure de sa veste noire ; car, il faut le savoir, Attorius Kay ne s'habillait jamais qu'en noir...

Puis il regarda sa montre ; presque dix-neuf heures. Il comprit qu'il serait en retard et se mit à courir, en direction de cette boîte branchée du centre-ville qu'on appelait l'Appollo-Jazz et où on l'attendrait bientôt de pied ferme, lui et cet instrument qu'il tenait toujours serré contre lui dans cet étui noir. En effet, Attorius Kay n'était en réalité ni détective, ni tueur à gages ; non. Son vrai métier était d'un tout autre ordre : Attorius Kay était saxophoniste de jazz. En retard, qui plus est...


Publié par Experiment.Gat à 16:08:14 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (3) |

Episode 23 - [Chapitre 6] | 21 décembre 2007

L'AUTRE CôTé DE LA CAFETIèRE... (3ème partie)

Assise toute seule à une table du salon de thé, en face de chez Mr Rebbenkohl, Maggie Garland se morigénait. Avec beaucoup d'hypocrisie, certes, et elle souriait en même temps au souvenir de la tête horrifiée de sa tante. Mais tout de même, se faire exclure de la réunion ! D'autant qu'elle avait envie de savoir, finalement, où en était le commerce du café blanc ; ils étaient peu sur le coup, répartis dans les grandes villes américaines en petites cellules d'actionnaires qui se partageaient les bénéfices de cette astucieuse et ambitieuse importation. Bien sûr, ce n'était pas toujours facile : il y avait des détracteurs, soucieux de la légalité du produit ; il y avait des gens comme ce Dan Hunter, qui se démenaient pour démanteler ce réseau qui évoluait en dehors des sentiers classiques et se riait des taxes. De quoi se mêlaient-ils ? Dans quelques années, lorsque le café blanc aurait fait son trou, il serait bien temps d'établir des contrats officiels ; quant à savoir qui finançait l'importation actuelle et avec quelle contrepartie, Maggie s'en moquait éperdument. Le Cartel de la drogue au Nicaragua ? Peu importait ; il suffisait que chacun y trouve son compte. Après tout le café blanc, lui, ne tuait personne. Enfin, il y avait bien ceux qui avaient tenté d'enrayer la machine et s'en mordaient à présent les doigts, les pieds dans le béton ou dans le ventre des poissons ; mais ceux-là, ils l'avaient bien cherché. Ainsi le pitoyable informateur de Dan Hunter. Et pour le détective lui-même...
Maggie remua lentement son thé en faisant tinter la petite cuillère contre les parois de la tasse en porcelaine ; puis elle but une gorgée. Hunter avait eu de la chance ; mais l'avertissement n'avait apparemment pas suffi. Il avait même eu l'inconscience d'entraîner avec lui ce malheureux inconnu à qui il devait la vie. Ce...Gérald Horowitz, dont on ne savait pas grand-chose ; si ce n'est, songeait la jeune femme, que c'était un homme tout à fait charmant. Qui mériterait bien qu'on lui ouvre les yeux ; et, peut-être, d'être introduit en fin de compte dans le cercle fermé des actionnaires du café blanc - à condition qu'il se reprenne, et comprenne assez vite l'absurdité de sa position. La jeune femme en était là de ses réflexions, les yeux rêveurs et les lèvres entrouvertes laissant monter dans l'air froid de l'hiver, qui s'infiltrait dans l'établissement à chaque fois qu'on ouvrait la porte, la buée de son haleine parfumée, lorsque sa tante sortit de l'immeuble qui abritait les appartements de Mr Rebbenkohl.

"Hé bien, ma nièce, je ne te félicite pas. Il s'en est fallu de peu qu'on ne songe à t'exclure définitivement de notre petite association.
_Un thé, ma tante ? Je vais passer commande.
_Sans sucre pour moi, avec un nuage de lait. Tu en seras quitte pour le ridicule ; mais tu auras intérêt à te tenir à carreaux à partir d'aujourd'hui, ou tu peux faire une croix sur tes dividendes.
_Je ferais attention, ma tante : cela ne se reproduira plus. Hmm...et à part cela, quelles sont les nouvelles ?
_Mr Rebbenkohl songe à élargir le réseau de distribution pour augmenter notre volume d'affaires. Nous avons en vue plusieurs établissements qui pourraient avantageusement écouler notre marchandise ; je t'en reparlerai.
_Je vois...et...à propos d'Hunter et de son ami ?


Ruthie Garland fit mine d'ignorer l'anxiété visible dans la question de sa nièce ; probablement elle l'avait remarquée, et elle en jouait avec un plaisir sadique.

_Oui, répondit-elle négligemment, après avoir longuement goûté sa première gorgée de thé, et rajouté un peu de lait dans sa tasse, goutte à goutte, avec lenteur et minutie ; il paraît qu'ils ont eu...un accident.
Maggie pâlit soudain, la lèvre tremblante et le regard affolé :
_...et ?

Cruelle, la tante grignota un bout de gâteau, avala une gorgée et, enfin, daigna répondre :

_Un éboulement, je crois ; ou un glissement de terrain...l'un des deux n'a pas survécu ; l'autre est tombé aux mains de nos fournisseurs, et ils délibèrent actuellement sur son sort.
La nièce avait le visage décomposé, elle tremblait.
_Sait-on lequel a été...? Hunter ? Horowitz ?
_Non, Maggie,
lâcha froidement Ruthie Garland ; je n'en ai pas la moindre idée..."


Publié par Experiment.Gat à 14:14:44 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (3) |

Episode 22 - [Chapitre 6] | 19 décembre 2007

L'AUTRE CôTé DE LA CAFETIèRE... (2ème partie)

Joseph Rebbenkohl était un petit homme rond et moustachu, au front dégarni ; il pouvait avoir la cinquantaine. Il vivait dans un vaste appartement au troisième étage d'un immeuble 19ème. D'ailleurs, tout l'ameublement rappelait une ambiance du dix-neuvième siècle ; on pouvait diagnostiquer chez ce type une grave nostalgie de l'époque de ces industriels richissimes qui finançaient l'expansion du chemin de fer aux Etats-Unis. Il y en avait de nombreux souvenirs, qui composaient une décoration singulière à tendance monomaniaque ; on voyait par exemple un unique rail de chemin de fer, pièce sans doute hautement symbolique aux yeux de son propriétaire, fixé au mur comme on aurait pu le faire d'un fusil... Rebbenkohl ne pouvait évidemment pas dissimuler à ses visiteurs sa curieuse lubie ; aussi se contentait-il de n'en rien laisser paraître dans son comportement. Maggie Garland s'en amusait beaucoup : elle y pensait en gravissant avec sa tante les marches qui conduisaient chez lui. Elle se sentait d'humeur plutôt facétieuse, et se demandait comment elle allait cette fois réagir face à cet univers incongru. Déjà, elle souriait de voir sa tante s'arrêter devant la porte et tirer sur ce qui, avant d'être une sonnette d'appartement, avait dû être une poignée de signal d'alarme dans un quelconque wagon de luxe. Encore une fois, se dit-elle, ç'allait être drôle...
Un domestique en livrée (c'est-à-dire, vous l'aurez compris, en uniforme de la compagnie des wagons-lits) vint ouvrir.

"Entrez, Mesdames ; Monsieur Rebbenkohl vous attend..."

Il connaissait les demoiselles Garland, les ayant déjà introduites à de nombreuses reprises dans le logis de son patron ; Ruthie Garland était en affaires avec Joseph Rebbenkohl depuis de nombreuses années. Maggie n'était pas venue depuis très longtemps (elle était alors toute petite) : elle laissait jusqu'ici à sa tante le soin de gérer leurs affaires communes ; mais, lui avait-on dit, il n'était désormais plus temps de faire l'enfant...

"Je vous remercie d'être venues", les salua leur hôte dès leur entrée dans le salon. Une curieuse compagnie était réunie là : une vieille femme noire, imposante et très digne ; un jeune homme asiatique qu'on pouvait supposer un peu plus âgé que Maggie ; et deux messieurs d'allure européenne (plutôt qu'américaine). Elles prirent place avec quelques discretes formules de politesse sur les deux fauteuils qui restaient, en face du bureau de Mr Rebbenkohl.

Dès le début, Maggie Garland sentit que cela allait mal finir pour elle ; cet endroit à la décoration bizarre lui semblait vraiment trop ridicule, et l'air empesé que tout le monde arborait n'arrangeait rien du tout. Quand leur hôte déclara qu'on était là pour étudier les nouveaux développements des affaires en-train, elle pouffa ; les autres la gratifièrent d'un regard noir, et sa tante d'un coup de coude. Elle tâcha de reprendre son sérieux tandis qu'un autre domestique (habillé comme le premier) apportait un plateau garni de 7 tasses de café - blanc, bien entendu. Mais son regard tomba droit sur l'agenda de Mr Rebbenkohl : il ressemblait tout à fait à un indicateur des chemins de fer. Elle détourna la tête, trouvant ce détail réellement trop stupide ; malheureusement, ses yeux rencontrèrent alors le fameux rail fixé à des pitons sur la cheminée... La discussion, qui portait (elle s'en souvint plus tard) sur les cours du café blanc dont tous étaient actionnaires - elle-même y compris - et de complications inattendues dont elle ne pouvait que soupçonner la nature, fut interrompue par une crise de fou-rire qu'elle ne put cette fois maîtriser ; et c'est sous les huées les plus indignées qu'elle fut exclue de la réunion.


Publié par Experiment.Gat à 15:25:54 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 21 - [Chapitre 6] | 17 décembre 2007

L'AUTRE CôTé DE LA CAFETIèRE... (1ère partie)

Maggie Garland mettait le couvert, dans la cuisine du petit appartement qu'elle occupait avec sa tante, au fond de leur modeste friperie. Elle disposait les deux assiettes sur la nappe à carreaux rouges en chantonnant lorsque le téléphone sonna dans la pièce voisine ; elle haussa les épaules en entendant sa tante décrocher. C'était toujours cette dernière qui répondait. Sauf...la jeune femme déposa les couteaux et les fourchettes sur la toile cirée, avec un cliquetis caractéristique qui couvrit un instant le faible bruit de voix qui lui parvenait de l'autre côté de la cloison. Trois jours plus tôt, lorsque Mme Ruth Garland était en train de faire son marché au magasin d'alimentation générale du quartier, c'était elle, Maggie, qui avait répondu. Elle était toujours seule à ce moment de la journée, et n'avait donc pas été surprise de reconnaître, à l'autre bout du fil, la voix de Gérald Horowitz...

"Où êtes-vous donc ? avait-elle aussitôt demandé, anxieusement.
_Nous venons d'arriver à Managua. Hier. Hunter est allé acheter du...matériel ; alors j'en profite pour vous appeler depuis le téléphone de l'hôtel, et vous dire que tout va bien pour nous.
_Mr Hunter ne sait pas que vous m'appelez ?
_Non... J'ai préféré ne rien lui dire. Vous savez, il est parfois un peu...paranoïaque.
_Oui, vous avez raison. Cela ne sert à rien de l'inquiéter ; je sais que vous allez bien, c'est le principal, n'est-ce pas ?"


Ensuite, Maggie Garland ouvrit le buffet pour y prendre des petites cuillères ; les verres quant à eux séchaient à côté de l'évier. Après le coup de fil d'Horowitz, elle s'était rendue dans sa chambre et, sortant un petit calepin du tiroir de sa table de nuit, elle y avait inscrit quelques mots. Puis, le rouge aux joues, elle l'avait soigneusement fermé et rangé dans son tiroir...

Quand Ruth Garland entra dans la cuisine, sa nièce était en train de remplir une carafe d'eau pour la poser sur la table.

"Qui était-ce, tante Ruthie ?
_Mr Rebbenkohl ; il veut que nous passions chez lui cet après-midi.
_Veux-tu que je tienne le magasin ?
_Non, tu viendras aussi et nous fermerons la boutique ; c'est important."


Maggie acquiesça sans rien dire ; en fait, elle n'était pas fâchée à l'idée de sortir un peu. En bas de chez Mr Rebbenkohl, il y avait un petit café très agréable où elles pourraient sans doute, en repartant, aller boire un thé en écoutant des disques... Une bonne odeur de gratin se répandit dans la cuisine ; la jeune femme alla ouvrir la porte du four et déposa ensuite le plat tout chaud sur la table. Sa tante emplit les deux assiettes, et elles mangèrent en silence avant que le chou-fleur à la béchamel n'ait eu le temps de refroidir. Vers 15 heures, elles s'apprêtèrent pour sortir ; Maggie s'attarda un moment devant le grand miroir de la commode pour ajuster un élégant manteau vert foncé qui tombait à merveille sur sa simple robe brune. Tandis qu'elle baissait le nez pour arranger sa coiffure, ses yeux tombèrent sur le tiroir de la table de nuit ; elle l'ouvrit pour y prendre le carnet relié de cuir, qu'elle glissa dans une poche intérieure de son manteau. Puis elle sortit et rejoignit sa tante.


Publié par Experiment.Gat à 13:58:22 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

Episode 20 - [Chapitre 5] | 11 décembre 2007

LE CAFé EST DANS LE LAC... (4ème partie)

Je me demandai si Hunter se rendait compte que je venais d'avoir un cauchemar affreux ; c'est en regardant derrière lui pour détourner l'attention que je remarquai le ciel. Le soleil naissant paraissait au travers de gros nuages sombres qui donnaient à la luminosité un ton étrange et plutôt inquiétant. L'information parvint à mon cerveau au moment même où un roulement de tonnerre se faisait entendre au-delà des montagnes...

L'instant d'après, une averse se déclenchait au-dessus de nos têtes ; l'image que je me faisais d'un pays désertique toujours sec s'en alla rapidement dans le torrent tandis que nous nous dépêchions de ranger toutes nos affaires - déjà trempées, bien évidemment - dans les sacs de toile imperméables. Cette aventure semblait vraiment bien partie pour rester définitivement dans nos mémoires comme une véritable histoire d'eau...
Nous avions à peine fini, la pluie redoublant sans cesse, qu'une brusque rafale de vent m'arracha mon chapeau ; lequel tomba directement dans l'eau qui, déjà, remplissait la cuvette. Riche idée que nous avions eue là ! J'avais de l'eau jusqu'aux chevilles en bondissant pour rattraper mon galurin, et je perdis l'équilibre sans surprise pour tomber à genoux dedans... M'appuyant sur la fameuse pierre dressée en travers du courant, je réussis tout de même, du bout des doigts, à saisir le rebord de mon couvre-chef ; mais ce que j'aperçus en bas me fit reculer vivement en étouffant un cri. Hunter qui arrivait derrière moi pour me retenir buta contre mon épaule et s'arrêta les pieds dans l'eau, interdit...

Le défilé au bas des rochers, sous cet éclairage obscur, ressemblait un peu à une rue de la ville américaine que nous avions quittée une semaine auparavant ; deux rangées de façades aveugles couleur de brique rouge, un caniveau qui débordait sur la moitié de la rue sous une pluie diluvienne et une clarté défaillante qui s'y reflétait à peine. Dans l'ombre se coulaient des silhouettes qui n'eussent pas dépareillé le quartier miteux des demoiselles Garland - je ne parle même pas de l'avenue au restaurant de l'informateur-aux-poissons. Loin des forçats de mon cauchemar, ils se déplaçaient librement, comme des ouvriers qui vont prendre leur service à l'aube. C'était parfaitement compréhensible en fait, et beaucoup plus logique : les scientifiques européens, même sous contrôle du cartel nicaraguayen, avaient monté une industrie d'un poids certain sur le marché, officiellement qui plus est. Ils apportaient un emploi stable et rémunéré aux paysans du coin ; et à vrai dire plus cette partie de l'échafaudage commercial se présenterait avantageusement, mieux les diaboliques implications de l'affaire fonctionneraient. Stratégie terriblement efficace...

Bien entendu, il n'était absolument pas envisageable de jouer les cabris sur le mur abrupt des falaises ; et surtout, nous aurions en cas de chute terminé du mauvais côté du "caniveau", en l'occurrence un torrent boueux plutôt peu rassurant dans la perspective d'y piquer une tête. Nous suivîmes donc de haut le cortège, prenant garde à ne pas déraper, nous accrochant pour cela aux buissons et aux arbustes qui nous écorchaient les mains. C'est sans surprise qu'ils nous conduisirent non loin du château sur le lac ; en revanche je frémis d'horreur quand soudain, le sol se déroba sous les pas de mon ami Dan Hunter : il disparut sans un cri dans le vide, avec un pan de terre argileuse qui s'effondra sous lui dans le torrent de boue...


Publié par Experiment.Gat à 16:49:45 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (2) |

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L' Auteur

C'est moi!

Ceci est une expérience, une petite tentative de polar en épisodes pas sérieux du tout (juste un peu), parfois onirique, parfois improvisé... A forte teneur en caféine, comme de bien entendu :)

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