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A Polar Experience

Dream By Gatrasz Incorporated.

BLANCS-CRèMES ET CHASSE AUX CAïMANS. (2ème partie) | 29 janvier 2007

Nous quittâmes le "Planet Orleans Coffee" et partîmes à pied le long de l'avenue qui s'éloignait des docks. Chemin faisant, il m'interrogea :

"Mais, au fait, que diable faisiez-vous sur les quais, à cette heure-là ?
-Hé bien,
dis-je, j'attendais l'hydravion long-courrier de Santiago du Chili...
-Ha ha,
s'esclaffa-t-il, mais vous pouviez l'attendre longtemps, votre appareil ! Vous n'êtes donc pas au courant ?...
Je le dévisageai sans comprendre, et ne répondis pas. Il continua :
-Ça me revient, à présent que vous en parlez ; dans la voiture qui m'emmenait vers la fin que vous savez, il y avait la radio qui crachait une histoire à propos du Chili. Une révolution, tout ça... Paraît que des terroristes avaient réquisitionné votre avion, et l'armée chilienne l'a descendu. Notre ambassadeur là-bas en faisait tout un foin...
Il sourit devant mon air ahuri, et ajouta :
-Désolé pour vos vacances, mon vieux. Vous voilà embarqué avec moi le long d'une avenue déserte et sombre, après m'avoir tiré de la flotte... Pas banal, hein ?"

Pourquoi je le suivis, je n'en sais rien ; finalement, il héla un taxi qui nous déposa dix minutes plus tard dans une rue mal éclairée, en plein coeur de la ville et pas dans un quartier des plus reluisants. Hunter m'informa que nous allions dans une de ses planques, où il serait à même de m'expliquer 'toute l'affaire' ; un endroit sûr, tenu par une personne de confiance, selon lui. Bientôt, nous fûmes dans une ruelle tout ce qu'il y a de plus sordide : il monta un petit escalier et frappa à l'enseigne d'un petit magasin de vêtements. Après plusieurs tentatives pour se faire entendre, une vague lueur apparut dans le fond de la boutique ; puis il y eut le bruit de plusieurs verrous que l'on tire, l'un après l'autre, et la porte s'ouvrit, laissant apparaître une femme d'un certain âge à l'air revêche.

"Qu'est-ce que c'est ? grogna-t-elle en brandissant une lampe à la pile défaillante.
-C'est moi, Mrs Garland ; Daniel Hunter, votre locataire...
-Danny ? Oui, c'est bien vous, entrez...et qui est cet autre individu ?
ajouta-t-elle comme je m'approchais dans la lumière de sa torche.
-Un ami, Mrs Garland, quelqu'un à qui je dois la vie, même ; si cela ne vous dérange pas, je compte l'héberger pour cette nuit. Il a en quelque sorte...euh, raté son avion.
-C'est bon, il peut entrer,
lâcha-t-elle sur un ton tout juste aimable ; Maggie a justement fait le ménage de votre chambre ce matin"

Nous entrâmes, et pendant que la vieille femme (j'appris qu'elle s'appelait Ruthie) refermait la porte aux multiples verrous, une autre femme bien plus jeune (la dénommée Maggie) nous conduisit à travers le magasin et nous introduisit dans une chambrette sobrement meublée. Avant qu'elle ne referme la porte sur nous, j'eus le temps de remarquer qu'elle était plutôt jolie...


Publié par Experiment.Gat à 10:40:38 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (0) |

BLANCS-CRèMES ET CHASSE AUX CAïMANS. (1ère partie) | 24 janvier 2007

Lucinda déposa sur le bar transparent deux tasses fumantes en face d'Hunter et moi ; tandis que le détective y trempait ses lèvres, je remuai avec suspicion ma cuillère dans ce qui ressemblait fort à du lait chaud, mais avec cependant une réelle odeur de café.

Je touillais cela distraitement dans ma tasse, hypnotisé par les yeux de verre du caïman qui se prélassait en-dessous comme s'il n'attendait qu'un moment d'inattention pour pour me happer la main...

"Vous ne buvez pas ?, s'enquit Hunter, me regardant curieusement en avalant sa dernière gorgée.
-Euh...si ; c'est-à-dire que...je n'ai encore jamais goûté ce truc...
-Je vous comprends,
s'esclaffa-t-il ; cette chose ressemble à tout sauf à du café, à première vue. Mais ça n'est pas mauvais du tout, je vous assure, et on n'en meurt pas. Pas de celui servi ici, en tout cas; non, franchement, vous devriez y goûter..."

Je m'exécutai donc, surtout pour ne pas paraître froussard ; en fait il avait raison, cela ressemblait assez au goût d'un café-crème classique, mais avec un petit quelque chose en plus : un arrière-goût de noisette, ou quelque chose comme ça.

"Remarquez, reprit Hunter après un rapide regard en arrière, tandis que je reposais ma tasse vide ; vous n'avez pas tort de vous méfier. Mais si ce breuvage fait des victimes, ce n'est pas avec le contenu de cette tasse, loin de là...
Je ne pus m'empêcher de repenser à la camionnette que j'avais vu disparaître juste avant de le "rencontrer". Etait-ce de cela qu'il voulait parler ? Je décidai de ne pas l'interrompre, et il poursuivit :
-Je sais d'ailleurs parfaitement qui est derrière la tentative d'assassinat dont j'ai réchappé grâce à vous, mais...
Il se retourna une nouvelle fois pour scruter l'ombre avec insistance.
-...mais nous en reparlerons plus tard. Ailleurs, si vous voyez ce que je veux dire..."

Instinctivement, je cherchai des yeux Lucinda, la serveuse ; je finis par la découvrir à l'autre bout du bar, essuyant des verres, apparemment dans la plus profonde indifférence. Rassuré sur ce point, je me retournai vers mon nouvel ami ; celui-ci fourragea dans ses poches et sortit une poignée de pièces dégoulinantes, dont il soustrait le prix de nos deux cafés. Ayant déposé la monnaie ruisselante d'eau sur le bar, il me regarda en clignant de l'oeil :

"En plus des briques, ces imbéciles ont bourré mes poches de petite monnaie, pour lester ; et en plus, ils payent mes notes de bar ! Ils ne manquent ni d'humour ni de pognon, mes ennemis ; vous ne trouvez pas ?"

Je ne sus qu'hocher la tête, perplexe devant la légèreté avec laquelle il semblait envisager tout ça. Que diable, il avait bien failli y passer ; et il s'en souciait visiblement autant que de sa dernière chaussette sale...


Publié par Experiment.Gat à 14:06:44 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (3) |

UN SAC DE BRIQUES ET DU CAFé NOIR. (4ème partie) | 23 janvier 2007

"Bonsoir, répondis-je ; je m'appelle Gerald Horowitz...
-Enchanté, et surtout merci, sans vous j'étais...cuit ; enfin, vous voyez ce que je veux dire"
.

Comme il était évidemment trempé, je proposai de lui offrir un café, et nous partîmes vers le "Planet Orleans Coffee" que j'avais quitté peu avant. J'avais définitivement abandonné l'espoir de prendre mon avion, et à vrai dire je n'y pensais même plus.
Quand nous franchimes la porte à double battant, je vis tout de suite qu'il était un habitué des lieux ; sans se défaire de son manteau, il se dirigea tout droit vers le bar. Je l'y rejoignis après m'être (prudemment) débarassé de mon imperméable...

C'était une partie de l'établissement que je n'avais pas bien vue à mon premier passage ; assez sombre en vérité, elle recelait un certain nombre de curiosités que je pus cette fois examiner tout à loisir.

De chaque côté d'un immense miroir devant lequel se tenait une barmaid noire d'âge indéterminé, s'étendaient de vastes étagères couvertes de verres et de bouteilles multicolores. La lumière ne permettait pas d'en distinguer les étiquettes, et il fallait probablement connaître par coeur leur emplacement pour s'y retrouver. Le meuble lui-même, très imposant, fait de bois sombre sculpté, s'élevait jusqu'au plafond dans un déchaînement de figures animales et fantastiques entrelacées de lianes et de plantes imaginaires où luisaient parfois ce qui ressemblait à des crocs où à des yeux féroces, prêts à vous fondre dessus quand l'alcool aurait fait son oeuvre...

Mais le plus impressionnant, ce qui vous frappait dès l'arrivée, c'était le bar lui-même, qui eût à lui seul suffi à rendre ce lieu inimitable. Si le bas était apparemment de bois poli, cerclé de larges bandes de métal couleur bronze, le haut en revanche sortait de l'ordinaire : au-dessus des genoux des habitués assis sur les tabourets, il se composait de larges panneaux transparents soudés entre eux par d'épaisses lames de zinc. De cette sorte de bocal, large de 30 à 40 centimètres et long d'une dizaine de mètres, provenait la seule lumière de cette partie de la salle ; et là, en m'approchant, je vis, entre les lampes placées à intervalles réguliers...des caïmans. Des caïmans morts évidemment, et empaillés, disposés comme des trophées de chasse, en vis-à-vis ; quelques brins de fougères artificielles complétaient la décoration...

Mon compagnon sauvé des eaux interpella la serveuse noire :

"'soir Lucinda. Arrive un peu par ici, s'il-te-plaît...
-Bonsoir, Monsieur Hunter,
articula-t-elle avec un fort accent du Sud ; je ne pensais pas vous revoir ici, quelqu'un est passé hier soir pour régler votre note. Paraît que vous auriez été descendu...
-Hé bien, on s'est trompé, manifestement ; mais on ne va pas s'en plaindre, hein ?,
ricana-t-il en m'adressant un clin d'oeil.
-Je vous mets un café, comme d'habitude, Monsieur Hunter ?
-Oui Lucinda, un blanc-crème pour moi, et un autre pour ce gentleman qui m'accompagne, sans qui je pourrirais actuellement en compagnie des poissons de la rade"
.

La serveuse m'adressa un regard que je fus incapable d'interpréter ; un peu gêné, je vins m'asseoir sur le tabouret voisin de celui d'Hunter.


Publié par Experiment.Gat à 12:30:20 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (1) |

UN SAC DE BRIQUES ET DU CAFé NOIR. (3ème partie) | 22 janvier 2007

J'arrêtai vivement le mécanisme, une fois le fameux express parti vers sa lointaine destination. Puis je rajustai mon imperméable et mon chapeau, l'air de rien, reculant dans l'ombre pour ne pas trop attirer l'attention ; sans que je sache pourquoi, quelque chose me disait que la soirée ne serait pas ce qu'elle aurait dû être, et l'arrivée de l'hydravion long-courrier semblait de plus en plus tenir de la chimère... Il était déjà 21 heures, et pas trace de l'appareil ni de personne pour l'accueillir d'ailleurs, moi mis à part. Soudain, j'entendis un bruit de moteur ; pas celui que j'attendais, plutôt celui d'une camionette qui se garait derrière le hangar marqué du sceau de l'American International Mailing Company. Les mains dans les poches, mes pieds labourant les flaques, je me hâtai vers le bruit rassurant de présence humaine ; mais, comme j'allais atteindre l'angle du mur, des éclats de voix suivis d'un "plouf" me firent tomber en arrêt. Un bruit de lutte, manifestement. Dans quelle sombre histoire allais-je donc me jeter...

Finalement, en entendant la camionette redémarrer, je me décidai à franchir le coin du hangar. J'eus à peine le temps d'apercevoir le véhicule disparaître dans l'obscurité ; une Dodge break arborant un logo souligné d'un slogan : "Café Blanc du Nicaragua"...
J'étais là, perplexe, me demandant si j'avais rêvé cette mystérieuse altercation dont nulle trace ne subsistait lorsque surgit, tout près de moi, une sorte de gargouillis suivi d'un clapotement. Surpris, je baissai les yeux ; je me trouvais alors au bord du quai, à quelques centimètres de l'eau noire. Et là, je vis...une main.

Une main, qui sortait de l'eau comme un périscope et battait sporadiquement la surface à la manière d'un musicien frappant sur un tambourin. Je regardai ce spectacle étrange, interloqué ; puis me vint l'idée de réagir, et je m'agenouillai précipitemment pour attraper cette main qui, déjà, ne s'agitait presque plus. Il me fallut la force de mes deux bras pour sortir de l'eau, en plus du membre que j'avais saisi, tout un individu ligoté dans un imperméable, avec aux pieds un énorme sac de toile que je hissai à grand peine avec le corps sur le béton du quai...
L'homme se mit à cracher de l'eau, prouvant ainsi qu'il n'était pas mort. Agenouillé près de lui, je m'inquiétai :

"Vous...vous allez bien ?
-Euh...oui, je crois ; si vous pouviez avoir l'amabilité de détacher ce sac de briques de mes chevilles...merci"


Il lui fallut encore quelques minutes pour se reprendre et pouvoir se lever ; puis il alla ramasser un chapeau qui flottait près du quai, et s'en coiffa avant de se retourner vers moi :

"Bonsoir ; je me présente : Dan Hunter, détective privé".


Publié par Experiment.Gat à 09:38:16 dans A Polar Experience. 1 | Commentaires (1) |

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L' Auteur

C'est moi!

Ceci est une expérience, une petite tentative de polar en épisodes pas sérieux du tout (juste un peu), parfois onirique, parfois improvisé... A forte teneur en caféine, comme de bien entendu :)

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