CAFé BLANC : EFFETS SECONDAIRES... (3ème partie)
L'arrière du camion, une fois débarrassé de la bâche carbonisée, s'avéra contenir des caisses de...de Café Blanc du Nicaragua. Rien que du café blanc ; et nous n'avions pas d'autres vivres. Je proposai d'en acheter au prochain village, d'en échanger contre du café. Mais Hunter s'y refusa : nous devions fuir au plus vite cette maudite jungle. Je ne répondis rien et le laissai conduire ; les prochains jours s'annonçaient joyeux...
Nous quittâmes le pays dans la précipitation ; il y eut plusieurs alertes chaudes, mais nous pûmes embarquer à la dernière minute sur un cargo en partance pour la côte Est des Etats Unis. La traversée se déroula sans encombres ; mais Hunter regardait les marins de travers, et je me surpris souvent à en faire autant... Sa nonchalance et son horrible insouciance semblaient réellement très affectées par les angoisses de notre seconde capture, et à notre fuite mouvementée ensuite. J'avais pris le parti de mettre sa nervosité nouvelle sur le compte de la grande quantité de Café Blanc du Nicaragua que nous avions absorbé, quand nous n'avions que cela pour survivre dans la jungle nicaraguayenne ; cependant, je me demandais secrètement combien de temps son organisme mettrait pour éliminer les derniers résidus de caféine. En arrivant en ville, j'avais naturellement suggéré de retourner chez les Demoiselles Garland, chez qui jamais nous n'avions été inquiétés. Il avait encore rechigné ; mais comme il n'avait pas d'autre planque, mon ami convint que nous n'avions pas d'autre solution. Par sécurité tout de même il proposa que nous attendions la nuit...
Une petite lampe s'alluma finalement dans le fond ; et le bruit de pas traînant d'une personne marchant avec des pantoufles me parvint. Il y eut un silence, une lumière vacillante au travers de la porte en verre dépoli ; puis plusieurs claquements de verrous, et le battant s'entrouvrit sur le visage austère de Mrs Ruth Garland. L'éclairage d'un néon proche me révélait en plein, ne laissant aucun doute possible sur mon identité.
« Que venez-vous faire ici ? lança-t-elle d'un ton rude ; j'aurais de loin préféré être accueilli par Maggie. Un instant je me vis dans la peau d'un détenu qui vient d'interpeler un maton, au beau milieu de la nuit. Je bafouillai :
_Je...nous aimerions, si vous le voulez bien, récupérer la chambre que...
_Où est Daniel Hunter ? m'interrompit-elle, examinant la rue par-dessus mon épaule d'un œil inquisiteur, presque rapace.
_Il est en bas, dis-je ; et je fis signe à mon ami de monter nous rejoindre.
_C'est bon, vous pouvez entrer, murmura la vieille en hochant la tête ; mais je notai qu'elle n'avait pas l'air tranquille. Inquiet, je me retournai pour darder sur la rue un regard suspicieux. Rien. Il n'y avait rien, personne en vue et pas le moindre bruit suspect. Hunter s'effaça et entra dans la boutique. Je l'y suivis ; mais au moment où je quittais la lumière crue du néon qui clignotait dans la rue, un coup de feu, très proche, se fit entendre. Je sentis une vive douleur à la tête, quelque chose de lourd me heurta sur le côté droit, et je m'effondrai sans connaissance sur le linoléum usé du magasin...
***
Jack-Erreur s'était installé entre deux cheminées de briques qui saillaient du toit, en face de la fameuse boutique de vêtements. Le lieu de sa planque était clairement défini, il ne pouvait pas se tromper ; de fait, il sourit en voyant, dans la lumière des néons grésillants, deux silhouettes avancer en longeant les murs : Hunter et Horowitz ! Il les connaissait, il les avait déjà observés comme cela, d'en haut, quelques semaines auparavant dans le grand hall de la gare. Cette fois-ci, ils se déplaçaient comme deux chats de gouttière, silencieusement, aux aguets ; mais ils ne pouvaient pas le voir, à moins d'un coup de chance - ou de malchance, c'est selon. D'ailleurs, ils ne regardèrent pas une seule fois dans sa direction, et Jack esquissa dans l'obscurité un sourire que la clarté de la lune rendit presque démoniaque. On eût dit un horrible clown se découpant sur le ciel, le visage maquillé de blanc et habillé comme Humphrey Bogart...
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